SNCF – Brétigny : l’injustice suit son cours

24 Juin 2020

Les juges d’instruction chargés de l’enquête sur la catastrophe ferroviaire de Brétigny viennent d’ordonner un procès non seulement contre la SNCF, mais contre un cheminot pour homicides et blessures involontaires.

Ce cheminot, âgé de 24 ans au moment des faits, se retrouve poursuivi dans ce dossier, en lieu et place des dirigeants et ministres qui ont imposé des économies criminelles sur l’entretien des voies.

Le 12 juillet 2013, a eu lieu une des pires catastrophes ferroviaires, quand le train Intercités Paris-Limoges a déraillé à Brétigny, entraînant la mort de sept passagers ainsi qu’une trentaine de blessés. Il s’agissait d’une catastrophe prévisible. La vétusté incroyable du réseau était dénoncée depuis plusieurs années par les cheminots et des usagers de cette zone, tout comme la baisse des effectifs chargés du contrôle et de la maintenance de la voie. Mais sans résultat. Ainsi la brigade chargée de l’entretien de la zone avait vu ses effectifs divisés par deux de 2000 à 2012, passant de seize à huit cheminots. Le cheminot inculpé, jeune cadre de proximité, s’est ainsi retrouvé, lors de la dernière tournée d’inspection avant l’accident, à contrôler seul une portion de voies de 8,7 kilomètres particulièrement dangereuse comportant 24 aiguillages ! Il lui est reproché de n’avoir pas détecté le desserrage de boulons sur une pièce métallique reliant deux rails, qui a entraîné le déraillement du train. La SNCF a tenté de faire obstruction à l’enquête et a même réalisé des faux, comme l’a révélé la presse en 2016.

L’accident de Brétigny met directement en accusation la politique poursuivie par la SNCF et RFF pendant plusieurs décennies. Les investissements et le renouvellement des voies ont été littéralement laissés à l’abandon à l’échelle nationale à partir des années 1980, entraînant la vétusté d’une proportion croissante du réseau ferré. Les équipements de voies sont devenus hors d’âge, sur une grande partie du réseau banlieue et TER. À l’Infrastructure, rien qu’entre 2000 et 2010, le nombre de cheminots a chuté de 5 000.

Malgré des travaux de rénovation d’urgence dans la dernière décennie, en août 2019, une enquête portant sur la moitié du réseau a encore révélé des centaines d’anomalies dans la signalisation ou l’entretien des voies, non traitées dans les délais faute d’effectifs. Parmi elles, de nombreuses éclisses avec des boulons desserrés, exactement la cause du déraillement de Brétigny.

La décision de poursuivre un cheminot est non seulement révoltante mais, en dédouanant les véritables responsables de ces économies criminelles, elle prépare de nouvelles catastrophes.

Christian BERNAC