Sécurité sociale : un trou à combler avec les dividendes

24 Juin 2020

Le déficit annoncé par le gouvernement pour les comptes de la Sécurité sociale en 2020 est maintenant de 52 milliards d’euros, 25 % de plus que prévu par le ministre Darmanin il y a deux mois, lors du vote du budget rectificatif.

La comparaison faite avec le déficit de 2010, chiffré à 28 milliards, est frappante, car ce dernier était consécutif à la crise financière. Dix ans plus tard, le déficit global est creusé par celui de la branche maladie de 31 milliards, résultant lui-même de dépenses exceptionnelles liées à la crise sanitaire. L’Ondam (objectif national des dépenses d’assurance maladie) a été plus que dépassé. D’un autre côté, les recettes ont considérablement fondu pendant la crise sanitaire et économique qui perdure. Le manque à gagner sur les rentrées provient en grande partie des cotisations patronales reportées, annulées ou simplement en baisse à cause des emplois supprimés et des horaires réduits.

Il y a fort à parier que les reports de cotisations patronales se transformeront, à la rentrée, en annulations pures et simples, prétendument au nom de la sauvegarde de l’emploi. D’un autre côté, celui des travailleurs, la baisse du salaire moyen liée à l’activité partielle et l’augmentation du nombre de chômeurs creusent elles aussi le déficit.

Quant à l’augmentation circonstancielle des dépenses de santé, en partie provisionnée pour environ 8 milliards d’euros dans le budget rectificatif voté en avril, elle n’a visiblement pas suffi à financer les masques, tests et respirateurs qui manquaient, ni les coûteux transferts d’hôpital en hôpital. Au demeurant, qu’en restera-t-il pour les primes promises au personnel de santé, et surtout pour les indispensables augmentations de salaire ? Sans parler des embauches nécessaires pour augmenter le nombre de lits d’hospitalisation, le suivi des soins et l’entretien des locaux et du matériel ?

L’argument du déficit reste une vieille ficelle pour les gouvernants, quand il s’agit soit de limiter la revalorisation des pensions, de retraite notamment, voire de les diminuer, soit de serrer les cordons de la bourse pour les dépenses de santé, soit les deux.

Se défendre face à ces menaces dépend non seulement des travailleurs de la santé, mais de l’ensemble du monde du travail. Car, au-delà des chiffres avancés, les richesses existent du côté patronal, qui a accumulé les dividendes comme jamais.

Viviane LAFONT