Piketty et ses recettes : un tournant social avec le patronat au volant

24 Juin 2020

Pour l’économiste Thomas Piketty, interrogé par le Journal du Dimanche du 21 juin, il faudrait un « vrai tournant social » pour sortir d’une crise accélérée par l’épidémie.

Piketty prône donc une forte augmentation des impôts sur la fortune et l’intervention des pouvoirs publics, pour embaucher dans la santé, l’éducation, la rénovation thermique des bâtiments, etc., afin de compenser les emplois supprimés par ailleurs.

Après avoir souligné que les inégalités augmentent en même temps que les fortunes, financières pour la plupart, et expliqué que la politique du gouvernement n’a fait qu’accompagner et aider cette évolution, Piketty demande au président de bien vouloir l’écouter. Hélas, regrette-t-il, « Macron est buté » et « prisonnier de son idéologie élitiste et inégalitaire ».

Peut-être est-ce le cas en effet, mais le problème se limite-t-il à la psychologie du président ? Faut-il se borner à espérer qu’il soit finalement éclairé par les lumières de Piketty, ou remplacé par un autre mieux préparé à les voir ? Ainsi débarrassé de ses œillères, il comprendrait la nécessité de tenir compte de l’intérêt général au lieu de se soumettre à l’intérêt particulier des 1 % les plus riches, et tout irait mieux. Quant aux patrons, c’est avec la même logique que Piketty parle de la « tentation de durcir les conditions de travail » qui les tenaillerait, en France tout comme en Inde. Face à cela faudrait-il attendre qu’ils soient pénétrés d’un peu de bon sens ou de compassion ?

Le problème est que les rapports sociaux ne dépendent pas de la volonté particulière de tel ou tel individu, fût-il président de la République, membre de la haute finance ou petit patron indien. Ils reflètent les rapports de force entre les classes sociales, la concurrence entre les capitalistes, la lutte de chaque capitaliste séparément et celle de toute la bourgeoisie pour extorquer du profit aux travailleurs. Alors que la crise économique est accélérée et aggravée par l’épidémie, la pression des possédants sur le monde du travail grandit chaque jour, comme le constate d’ailleurs Piketty. À cette lutte de classe conduite par le patronat, les travailleurs ne peuvent répondre que sur le même terrain.

En fait, sous ses airs de dénonciateur du capital, Piketty ne propose qu’une nouvelle version de la farce mille fois jouée, y compris par lui. En 2012 le candidat Hollande, éclairé déjà des bons conseils de Piketty, se proclamait ennemi de la finance, phrase immédiatement oubliée dès l’élection acquise. C’était évidemment prévisible, sauf semble-t-il, par ce très réputé économiste qui, avec beaucoup d’autres il est vrai, propose benoîtement les mêmes recettes.

Paul GALOIS