Passé colonial : Gallieni et tant d’autres

24 Juin 2020

Le 17 juin, la station de métro parisienne Gallieni a été rebaptisée symboliquement des noms de Josette et Maurice Audin, à l’initiative de militants du Parti communiste.

Maurice Audin était un jeune mathématicien appartenant au Parti communiste en Algérie. Le 30 juin 1957, il fut enlevé par les parachutistes français et disparut sans laisser de traces. L’armée française nia toute responsabilité dans l’affaire, jusqu’à ce que le général Aussaresses reconnaisse avoir donné l’ordre de le tuer au couteau pour faire croire à un meurtre commis par des Algériens.

Gallieni, lui, fut un des pires massacreurs des conquêtes coloniales françaises. À la tête des tirailleurs sénégalais en Afrique, puis des tirailleurs tonkinois en Indochine, il réprima dans le sang les révoltes des populations locales qui venaient d’être asservies par la France. C’est à Madagascar qu’il s’illustra le plus tristement. Arrivé dans la grande île en 1896, un an après sa conquête par l’armée française, il y mena pendant dix ans une répression féroce contre les guérillas locales qui n’acceptaient pas cette domination et ses conséquences, comme l’introduction du travail forcé ou la spoliation des terres au bénéfice des compagnies minières et forestières françaises.

Gallieni fut aussi, parmi les cadres coloniaux, le théoricien éhonté des pratiques racistes que tous appliquaient sur le terrain. « Il y a des haines et des rivalités qu’il faut savoir démêler et utiliser à notre profit, en les opposant les unes aux autres, en nous appuyant sur les unes pour mieux vaincre des secondes », écrivait-il. Il fit effectuer un recensement photographique des différentes populations de l’île, pour les classer par race et les amener à s’affronter, affirmant que cela coûterait moins cher que l’entretien d’un corps expéditionnaire. Cette politique, consistant à diviser pour régner, appliquée par toutes les puissances coloniales, a laissé derrière elle des situations de conflit qui sont autant de bombes à retardement. Leur explosion dans nombre d’anciennes colonies s’est traduite par des affrontements ethniques, voire des génocides comme dans le cas du Rwanda.

Gallieni revint en France pour la Première Guerre mondiale et sut montrer au cours de cette boucherie que, tout raciste qu’il fût, son mépris pour la vie des soldats français valait bien celui qu’il avait pour les populations des colonies.

Voilà le type d’individus auxquels les hommes politiques qui servent la bourgeoisie française dédient nombre de statues, rues ou stations de métro. Elle a les héros qu’elle mérite, car c’est grâce au sang des hommes et des femmes envoyés à l’abattoir par ces soudards que se sont constituées et perpétuées bien des fortunes prétendument honorables.

Le geste fait à la station de métro Gallieni n’est bien sûr que symbolique, tout comme les différents gestes visant les statues, monuments ou noms de rues effectués dans le cadre des mouvements de protestation de la jeunesse. Mais ces gestes ont au moins le mérite de rappeler les véritables états de service de ceux que la bourgeoisie et la plupart des hommes politiques français continuent aujourd’hui de révérer comme des héros.

Daniel MESCLA