Renault – Cléon : à force de tirer, ça a craqué

17 Juin 2020

La direction de l’usine Renault de Cléon, près de Rouen, insiste pour dire que le site ne serait pas touché par le plan d’économies de plus de deux milliards d’euros et la suppression de 15 000 emplois, dont 4 600 en France, annoncés par la direction du groupe.

Pourtant, comme partout, le plan d’économies se met rapidement en place à l’usine. Depuis la reprise du travail, le 11 mai, des centaines de salariés intérimaires ont été licenciés. Sans eux, ceux qui continuent de produire supportent des cadences en augmentation constante et se tuent à la tâche. Ils ont maintes fois informé les chefs de leurs problèmes : ceux-ci écoutent mais ne règlent rien. Dans l’atelier de montage du moteur R9, les travailleurs sont éreintés et ils sont de plus en plus nombreux à se retrouver en accident de travail.

Jeudi 11 juin, une quinzaine de salariés de cet atelier ont cessé le travail, en colère. Comme par enchantement, toute la hiérarchie était disposée à les écouter et a noté leurs revendications : ils exigeaient avant tout du personnel en plus.

La hiérarchie a promis que, dès le lundi 15 juin, des intérimaires seraient repris. Mais ce jour-là, à 5 h 30, les intérimaires promis n’étaient pas là. De plus, par le bouche à oreille, les salariés du secteur apprenaient qu’un de leurs copains d’atelier, ne supportant plus les conditions de travail, avait fait une tentative de suicide durant le week-end. Et là, l’écœurement et la colère ont submergé l’ensemble des travailleurs du secteur.

Tous, embauchés, intérimaires, ont alors décidé d’arrêter le travail et d’aller s’expliquer avec la direction de l’usine. Celle-ci a tenté de les diviser, en les réunissant par tronçons de la chaine, sans succès. Ils sont restés soudés et ont rédigé un cahier de revendications expliquant, chiffres à l’appui, combien il faudrait être pour travailler sereinement et dans de meilleures conditions

Mardi 16 juin, dès 5 h 30, tous se rassemblaient et votaient de ne pas reprendre le travail tant que la direction ne s’engagerait pas clairement. Sous la pression, celle-ci annonçait qu’elle cédait sur la création de dix postes supplémentaires, et promettait de réfléchir à comment améliorer les conditions de travail.

Les travailleurs, méfiants, imposaient que les salariés puissent se voir régulièrement pour discuter collectivement des conditions de travail. Ils votaient que, si la direction ne respectait pas sa parole, ils cesseraient de nouveau le travail.

Même à un nombre restreint dans un secteur donné de l’usine, ces travailleurs ont relevé la tête. C’est la voie à suivre pour défendre leurs conditions de travail et de vie, pour eux et pour tous.

Correspondant LO