Hôpitaux : le 16 juin, “ de l’argent pour l’hôpital public ! ”

17 Juin 2020

Le 16 juin, aux cris de « Du fric pour lhôpital public », « Des effectifs, du matériel, des salaires, pas de bla-bla », près de 20 000 hospitaliers et travailleurs d’autres secteurs venus en soutien se sont rassemblés à Paris devant le ministère de la Santé et sont partis en manifestation.

Énormément de jeunes, de nombreux établissements et régions, donnaient un ton très dynamique au cortège. Les slogans exprimaient la méfiance vis-à-vis du gouvernement et du Ségur de la santé, et clamaient les exigences du personnel. L’idée que ce sont tous les travailleurs de toutes les branches qui doivent s’unir pour rendre les coups a été applaudie.

Dans bien d’autres villes aussi les hospitaliers ont été nombreux à manifester. Ils ont été par exemple 10 000 à Lyon. Ils ont été parfois rejoints par des travailleurs d’autres entreprises.

Il y a un an, les Urgences de toute la France se faisaient entendre. Parti de l’hôpital Saint-Antoine à Paris mi-mars, le mouvement s’était étendu à tous les services d’urgence. Leurs revendications étaient 300 euros d’augmentation et 10 000 embauches. Cette lutte trouvait écho dans le reste des services où les problèmes sont les mêmes : sous-effectif, course après le matériel, manque de lits pour hospitaliser tous les patients et surtout salaires notoirement insuffisants.

À cela s’ajoutait une réforme de la santé qui maintient les mesures d’économies budgétaires. En octobre 2019, 900 lits sur un total de 20 000 étaient fermés dans les hôpitaux de l’AP-HP, faute d’effectifs suffisants pour assurer les soins. Les médecins, eux-mêmes à bout, ne parvenaient plus à faire face.

Le Collectif inter hôpitaux regroupant des chefs de service, des personnels soignants et des associations d’usagers, formé en septembre, organisait une première journée de grève et de manifestation le 14 novembre. Son succès était facilité par l’implication des médecins. Mais un certain espoir dans une lutte possible renaissait.

L’arrivée de la crise sanitaire du Covid-19 a suspendu de fait le mouvement, tandis que tous les hospitaliers devaient faire face à la situation. Cette crise sanitaire a révélé ce que les hospitaliers dénoncent depuis des années : l’hôpital est à l’os. Il a fallu vider les hôpitaux des autres patients pour accueillir ceux touchés par le Covid-19.

Ces trois mois d’activité intense, de course au matériel et aux médicaments, et d’inventions quotidiennes pour prendre en charge le mieux possible les patients, ont pompé toute l’énergie et mis les nerfs de tous à rude épreuve. Mais la première vague de l’épidémie reflue, et le champ est à nouveau libre pour manifester la colère qui couve.

Elle s’exprime quotidiennement dans les services contre la politique des gouvernements qui gèrent les stocks à flux tendu et maintiennent les équipes en sous-effectif permanent, faisant prendre des risques à tous, personnel comme patients.

La rhétorique sur les héros de l’hôpital, la prime que tout le monde ne touchera pas, les applaudissements de 20 heures ne peuvent pas cacher les problèmes, qui n’ont pas changé et qui ont même été mis en lumière pendant cette crise sanitaire : les salaires, le manque de personnel et de matériel et le manque de lits.

Pendant ce temps, syndicats et gouvernement sont censés continuer à négocier lors du Ségur de la Santé, dont les conclusions doivent tomber mi-juillet. À l’hôpital, personne n’est dupe et ne croit qu’il en sortira quelque chose.

La participation à la journée de grève et de manifestation du 16 juin est restée relativement disparate selon les services et les hôpitaux, mais ceux qui se sont mobilisés l’ont fait avec toute la colère accumulée. Et un certain nombre font le lien avec la situation de l’ensemble du monde du travail, touché de plein fouet par la crise économique qui s’installe et que gouvernement et patronat s’entendent à lui faire payer.

Il reste à renforcer ce début de mobilisation et à continuer d’affirmer que l’ensemble des hospitaliers comme l’ensemble des travailleurs peuvent et doivent relever la tête. Les milliards sont là. Ils doivent servir pour le bien commun.

Correspondant LO