Derichebourg Toulouse : grève contre “ l’accord de performance collective ”

17 Juin 2020

Dès la fin du confinement, Derichebourg, un important sous-traitant d’Airbus, s’est attaqué aux travailleurs… sous prétexte de « sauver » 700 emplois (sur 1 600 salariés dont 1 400 à Toulouse). Il s’agit d’un Accord de performance collective (APC).

Vendredi 12 juin, avec la complicité d’un syndicat, cet accord est devenu applicable. C’est d’abord une véritable attaque sur les salaires. Les travailleurs perdent la prime de transport, et la prime de repas est remplacée par des tickets restaurant. Cela s’ajoute à la perte de salaire qu’il subissent déjà du fait qu’Airbus a réduit les horaires, supprimé les heures de nuit et qu’il y a du chômage partiel payé à 84 %. Pour des salaires de 1 600 à 1 700 euros, c’est 500 euros de moins par mois. Par ailleurs, les salariés qui touchent 2,5 fois le smic perdent le 13e mois. Et pour tous, le versement de la moitié du 13e mois qu’ils devaient toucher maintenant est reporté en novembre.

Quant aux emplois prétendument à sauver, il n’y a aucune garantie puisque, dans l’accord, une clause conditionne son application à la politique du gouvernement en matière d’indemnisation du chômage partiel.

Le 2 juin, un rassemblement devant le siège social à Blagnac était organisé, à l’appel de l’UNSA (minoritaire) qui s’oppose à l’accord et d’un collectif de travailleurs. Beaucoup se demandent comment empêcher le délégué de FO (majoritaire) de signer. En effet, celui-ci justifie sa signature de l’accord en disant que les travailleurs n’ont pas d’autre choix s’ils veulent sauver leurs emplois. Pourtant la société n’est pas sur la paille. Daniel Derichebourg, l’actionnaire majoritaire, est la 410e fortune de France avec 210 millions d’euros de patrimoine en 2019, selon le magazine Challenges, et 22 millions d’euros de dividendes ont été distribués l’an dernier.

Mardi 9 juin avait lieu un nouveau rassemblement devant le siège, à l’occasion d’une nouvelle négociation de l’APC. 200 travailleurs en colère disaient : « Mort à l’APC », « APC = Accord de pauvreté collective » et votaient à une large majorité pour la grève jusqu’à la fin de semaine. Pendant trois jours, devant le siège social, les discussions ont continué : « Comment faire pour être plus nombreux ? » Certains étaient en grève, d’autres venaient en dehors des heures de travail, d’autres encore venaient parce qu’ils sont au chômage

Chez Airbus, ceux de Derichebourg sont essentiellement qualiticiens, contrôleurs sur les chaînes d’assemblage, aux Essais en vol, au Delivery. Ceux qui travaillent à l’Aménagement cabine, par contre, sont les plus mal payés. Ils ont des difficultés à trouver le soutien des ouvriers d’Airbus : « C’est normal, les sous-traitants, on est des fusibles ».

Vendredi 12 juin, des membres de la hiérarchie de Derichebourg, mais aussi d’Airbus ont fait pression sur ceux qui voulaient rejoindre la grève : « Si vous faites grève, on va perdre la prestation, des ouvriers de la chaîne A330 peuvent vous remplacer » ou bien « c’est l’entreprise AAA (un autre sous-traitant) qui récupèrera le travail ».

Les patrons veulent diviser les travailleurs pour mieux sauver leurs profits dans cette crise. Après ceux de Daher, aujourd’hui ce sont les travailleurs de Derichebourg qui sont attaqués, demain à qui le tour ? Par leur mobilisation, les travailleurs de Derichebourg ont montré qu’ils ne voulaient pas « être de la chair à patron ». Ils ont ouvert la voie d’une lutte qu’il faudra mener tous ensemble, et puisqu’il y a moins d’activité... pour imposer la répartition du travail entre tous sans perte de salaire.

Correspondant LO