Pandémie : le sort peu enviable des autres malades

10 Juin 2020

Dans un rapport du 27 avril 2020, l’Assurance maladie estime que « les mesures de confinement ont considérablement freiné le recours aux soins » pour les autres maladies que le covid19.

L’Inserm avait annoncé un doublement des arrêts cardiaques à Paris et dans les départements limitrophes au pic de la pandémie, faute d’une prise en charge efficace. Pour les accidents vasculaires cérébraux (AVC), le chef de service de neurologie de l’hôpital Bichat à Paris annonce que les Samu et services d’urgence en ont vu 50 à 60 % de moins. Cela signifie « une perte de chance considérable » pour tous les malades qui ne sont pas allés aux urgences malgré des signes cliniques inquiétants. Avec le déconfinement, on risque « d’avoir une vague de patients qui ont fait un AVC et se présenteront avec des séquelles ».

Dans un autre domaine, des cardiologues ont dénoncé le fait que des malades ont arrêté de prendre leur traitement à l’aspirine, à la suite de l’annonce que les médicaments anti-inflammatoires pouvaient aggraver les symptômes du covid19. Mais si l’aspirine a des propriétés anti-inflammatoires, elle est aussi utilisée à des doses plus faibles chez les malades cardiaques qui doivent en prendre au long cours. L’arrêt de ce traitement aurait pu se révéler dangereux...

Enfin, le même problème se posera pour les malades cancéreux. La question n’est pas celle de la prise en charge des malades déjà traités pour un cancer mais de tous ceux qui auraient été diagnostiqués pendant les mois de confinement et qui n’ont pas consulté. Un chef de service de cancérologie de Lyon estime de 20 à 50 % la baisse du nombre de diagnostics de nouveaux cancers. Pour lui, cette prise en charge tardive pourrait être, à terme, responsable de 5 à 10 000 morts supplémentaires du cancer dans le pays. Dans un pays voisin, le Royaume-Uni, la surmortalité serait estimée à 40 000 personnes.

Les conséquences de la pandémie sur la mortalité totale dans le pays sont encore impossibles à chiffrer. Mais on ne pourra pas ignorer ces décès liés aux autres maladies qui n’ont pu être traitées correctement du fait du drame que vivaient des hôpitaux débordés.

C. D.