Gouvernement – syndicats : une comédie vue et revue

10 Juin 2020

Pour mettre en place les multiples attaques prévues contre le monde du travail, et organiser la meilleure manière de lui faire payer la crise économique, Macron et le gouvernement ont lancé une campagne publicitaire baptisée Pacte de confiance, en fait une série de réunions avec tous ceux qui pourront l’aider à faire avaler le tout à la population.

Le Sénat, l’Assemblée nationale et le Conseil économique social et environnemental ont ainsi été priés de fournir des propositions d’ici un mois pour déterminer sur quel clou taper en priorité, et Macron a invité Sarkozy, Hollande et même Giscard à en discuter avec lui. Les directions syndicales, quant à elles, ont été invitées à se réunir le 4 juin avec Macron, plusieurs ténors du gouvernement et le Medef.

Plus de trois heures de réunion n’ont ainsi débouché que sur un projet concret : un milliard d’euros sera versé aux entreprises qui embaucheront des apprentis. Ce cadeau royal n’a trouvé que des partisans parmi les participants de la réunion, Laurent Berger de la CFDT soulignant même que c’était le point le plus consensuel.

Pour le reste, le gouvernement a pour le moment payé les syndicats de vagues promesses pour leur participation, notamment celle de rediscuter de la réforme de l’Assurance chômage votée l’an dernier, qui doit priver les chômeurs de 3,4 milliards d’euros d’allocations. Cette promesse ne l’engage à rien, et certainement pas à revenir sur sa loi. Il prévoit par contre d’autres rendez-vous avec les syndicats pour évoquer de nouvelles aides au patronat, dont, entre autres, le prolongement du chômage partiel jusqu’à la fin du quinquennat.

Cela ne gêne visiblement ni Laurent Berger, qui a trouvé que la rencontre avec Macron a « pour une fois permis d’aller au fond des choses », ni même Philippe Martinez de la CGT qui, s’il a estimé qu’il n’y avait « rien de concret », ne compte pas pour autant laisser sa chaise vide. Le même constat vaut pour leurs partenaires de concertation.

Pourtant, s’il joue la comédie du dialogue social, le gouvernement n’en a pas moins décidé par avance les mesures à faire adopter, et toutes sont évidemment autant de cadeaux pour le patronat que d’attaques contre le monde du travail. Alors que l’économie capitaliste est en crise, la bourgeoisie ne connaît qu’un moyen de sauver ses profits : écraser le plus possible les travailleurs. Les dirigeants syndicaux le savent bien, mais leur rôle consiste à faire croire qu’ils peuvent peser sur les décisions gouvernementales au cours d’une « libre » discussion entre partenaires « égaux ».

Se débarrasser de ces illusions est le premier pas sur le chemin de la riposte collective indispensable.

Jacques Le Gall