Contre les violences policières : la jeunesse en nombre

10 Juin 2020

Malgré les interdictions de manifester sous prétexte de crise sanitaire, les rassemblements et manifestations se sont multipliés depuis mardi 2 juin pour dénoncer les violences de la police et l’impunité dont elle bénéficie.

20 000 personnes mardi 2 juin devant le tribunal, porte de Clichy à Paris, plusieurs milliers à Saint-Étienne... De nouveau des dizaines de milliers dans la rue vendredi et samedi derniers. Plus d’un millier à Caen, 4 000 à Strasbourg, 5 500 à Paris, ces manifestations montrent que la colère ne faiblit pas. La mort de George Floyd aux États-Unis et les manifestations américaines encore bien plus nombreuses ont bien sûr encouragé de nombreuses personnes à descendre dans la rue.

Les jeunes forment les gros bataillons des manifestants. Beaucoup viennent des banlieues populaires. C’était souvent leur première manifestation et ils ont découvert, tout étonnés, leur nombre et leur colère.

En butte aux contrôles parfois humiliants de la police, ils n’ont pas besoin d’enquêtes de journalistes pour savoir qu’il existe des policiers racistes. Les insultes, les contrôles au faciès sont pour certains quotidiens, et le confinement n’a rien arrangé.

Quand les jeunes policiers arrivent des quatre coins de la France en banlieue parisienne, par exemple, ils ne sont pas forcément racistes. Mais le rôle qu’on leur fait jouer suscite rapidement parmi eux la méfiance envers les jeunes de banlieue, envers les plus pauvres. Et dans les commissariats de banlieue, à l’abri des regards, il est fréquent que les insultes voire les coups pleuvent sur des jeunes arrêtés. La mort d’Adama Traore à Persan a été précédée par celle de Babacar à Rennes, tué de cinq balles à bout portant, par la mutilation de Théo à Aulnay-sous-Bois. Dans toutes ces affaires, l’État a protégé les policiers et ces crimes sont demeurés impunis.

Les jeunes qui descendent dans la rue contre les violences et le racisme de la police ont raison. Et l’État s’inquiète de voir leur colère se tourner contre le système responsable de toute cette pourriture.

Aline URBAIN