Accords de performance : le règne du chantage

10 Juin 2020

« Il y a des alternatives aux licenciements. J’appelle les entreprises en difficulté à négocier des accords de performance collective, créés par les ordonnances travail. Plus de 350 ont été signés depuis leur création », a déclaré la ministre du Travail le 31 mai.

Baisser les salaires ou aménager les horaires en échange du maintien de l’emploi était déjà possible avant les ordonnances Macron. Simplement, depuis septembre 2017, les patrons ne sont plus obligés de le justifier par des difficultés économiques. De tels accords peuvent durer cinq ans et, une fois validés, ils s’imposent aux salariés qui, en cas de refus, peuvent être licenciés. Ils ne résultent pas d’une discussion, mais d’un chantage patronal.

Ce chantage peut être exprimé violemment, comme cela a été le cas chez Ryanair, qui a sommé ses salariés de choisir entre baisse des salaires et licenciement. Il peut se faire de façon plus négociée, comme dans le cas d’un sous-traitant d’Airbus et Dassault, Derichebourg Aeronautics Services, qui promet de diminuer le nombre de suppressions de postes si les salariés acceptent de renoncer à leur indemnité de transport et de repas, ou à l’une des deux. Mais, dans tous les cas, cela reste un chantage. La compagnie aérienne Air caraïbes, qui fait partie du groupe Dubreuil, a déjà imposé un accord de baisse des salaires de 10 % pendant deux ans. Le journal l’Équipe demande la même chose à ses salariés.

Un certain nombre de patrons vont sans doute s’engouffrer dans la brèche de ces « accords de performance collective ». Pour les salariés, cela consiste à accepter volontairement de voir baisser leurs revenus en échange de promesses sur la pérennité des emplois qui ne sont nullement une garantie. Les salariés de Continental à Clairoix dans l’Oise, ceux de l’usine Smart de Hambach en Moselle et bien d’autres en ont déjà fait l’amère expérience. Ils ont eu beau travailler gratuitement quelques heures de plus, leurs entreprises ont été fermées.

Dans la guerre que mènent les patrons pour ne pas payer la crise et continuer à se verser des dividendes, ils emploieront les moyens de pression à leur disposition. Les travailleurs doivent s’y préparer et ne pas se faire d’illusions sur ces compromis où ils seront les seuls perdants.

Inès Rabah