Rentrée scolaire : beaucoup de mousse pour cacher la pénurie

03 Juin 2020

Avec l’entrée dans la phase 2 du déconfinement, le Premier ministre annonçait pour le 2 juin un retour généralisé des élèves en classe. Le ministre de l’Éducation renchérissait, parlant d’urgence sociale et d’impératif éducatif.

Ainsi le ministre en charge semblait se soucier de la gravité du problème de l’éducation, après avoir expliqué pendant les deux mois de confinement que tout allait pour le mieux et que le total des élèves décrocheurs se limitait à 4 %. Tirant le bilan de la phase 1 du déconfinement, Blanquer annonçait triomphalement plus de 80 % des écoles déjà ouvertes. Dès le 2 juin elles devaient l’être toutes, tous les niveaux étant désormais accueillis en zone verte et les lycées rouverts.

Mais la promesse était à peu près aussi crédible que les masques à disposition pour tous au pic de l’épidémie. Comme tout parent a pu le vérifier, il existe un véritable gouffre entre les déclarations d’autosatisfaction du ministre et les possibilités réduites de l’accueil dans le système scolaire. Le 28 mai, en zone verte, à peine un écolier sur cinq avait pu retourner en partie à l’école. Seulement un tiers des élèves de sixième et cinquième avaient mis le bout d’un doigt de pied au collège.

Tartuffe même dans la posture, le ministre a donc annoncé la réouverture générale, affirmant benoîtement : « Toutes les familles qui le souhaitent doivent pouvoir scolariser leurs enfants. » Dans la réa­lité, les écoles n’ont déjà plus les moyens d’accueillir des élèves supplémentaires dans des classes trop petites, sans installations sanitaires adéquates et sans personnel suffisant même en temps normal.

Dans les collèges, l’élargissement de l’accueil en zone verte aux élèves de quatrième et troisième signifiera un accueil encore plus réduit, sans doute une ou deux matinées par semaine pour chaque collégien, et seulement pour quelques matières.

Dans les lycées, même avec une ambition ministérielle réduite à l’accueil d’un seul niveau, il faudrait pouvoir diviser les effectifs des classes par trois. Au total, à peine un sixième de l’ensemble des lycéens pourraient potentiellement faire leur rentrée avant l’été. Bien des établissements restés fermés ont décidé de reporter la réouverture, de concentrer l’accueil sur les élèves préparant les oraux de rattrapage du bac ou d’organiser des rencontres pour conseiller les lycéens dans leur orientation.

Bien que le ministre ait claironné la volonté d’accueillir en priorité les élèves décrocheurs ou handicapés, aucun moyen supplémentaire n’a été alloué. Les contraintes sanitaires imposent deux fois plus de travail au personnel de service, déjà en sous-effectif permanent tant le nombre de postes a diminué ces dernières années.

Pas de places pour les élèves, pas de personnel pour faire fonctionner les établissements, des surcharges de travail pour les agents et les enseignants, qui doivent continuer les cours à distance en plus de l’accueil des élèves, c’est ce que le ministre appelle une rentrée réussie.

Gilles BOTI