Hong Kong : Trump, étrange défenseur des libertés

03 Juin 2020

Vendredi 29 mai, Trump a annoncé l’annulation du statut spécial dont bénéficiait Hong Kong dans ses relations avec les États-Unis depuis la rétrocession de l’ex-colonie britannique à la Chine en 1997 avec la garantie de bénéficier d’une autonomie politique et administrative pendant 50 ans.

La formule « Un pays, deux systèmes » résumait le statut autonome du territoire. La décision de ­Trump implique notamment la suspension des exemptions commerciales et de la coopération judiciaire. Elle fait suite à l’adoption la veille par l’Assemblée nationale populaire, le Parlement chinois, d’une loi sur la sécurité nationale destinée à interdire à Hong Kong « la trahison, la sécession, la sédition et la subversion ».

Avec ce texte, le pouvoir chinois tente d’empêcher la reprise du mouvement qui, pendant huit mois, à partir de juin 2019, avait donné lieu à d’importantes manifestations, mobilisant parfois quotidiennement, une large fraction de la population hongkongaise, en particulier dans la jeunesse étudiante. Les manifestants étaient parvenus à mettre en échec la tentative des autorités locales inféodées à Pékin d’autoriser les extraditions vers la Chine. Aujourd’hui, les dirigeants chinois voudraient mettre un terme à la contestation en prenant en main directement la répression judiciaire.

Pour justifier sa décision, Trump a déclaré que Hong Kong ne pouvait plus être considéré comme un territoire autonome par rapport à la Chine et que cette loi renforçait « la mainmise du système sécuritaire chinois sur ce qui était jusque-là un bastion de liberté ».

Le Trump qui pose en défenseur de la liberté de manifester à Hong Kong est le même qui envoie l’armée contre ceux qui protestent contre les violences policières aux États-Unis ! Les dirigeants des grandes puissances qui, à la suite du président américain, ont accusé la Chine de mettre en danger la démocratie à Hong Kong font preuve de la même hypocrisie. Ils se montrent bien moins soucieux des libertés quand elles sont mises en cause par leurs alliés, du gouvernement israélien à la monarchie saoudienne.

En réalité, Hong Kong, avec son millier de kilomètres carrés où s’entassent quelque sept millions d’habitants, n’a jamais été un « bastion de la liberté » mais le produit de la politique des grandes puissances impérialistes, à l’époque où elles s’étaient partagé l’Asie en massacrant et en opprimant les populations locales. Jusqu’en 1997, cette enclave était un des joyaux de l’empire britannique, qui ne s’est jamais soucié des libertés des peuples qu’il dominait. Avec le blocus économique imposé en 1949 par les États-Unis à la Chine de Mao, Hong Kong a joué le rôle de porte d’entrée des marchandises occidentales. Avec la réintégration de la Chine dans le marché mondial, Hong Kong, grâce à son statut d’autonomie et sa monnaie locale, a attiré les capitaux cherchant à s’investir dans l’économie chinoise. Ainsi deux tiers des investissements étrangers en Chine passent par Hong Kong, qui est devenu la troisième place financière mondiale. L’État chinois y a trouvé son compte, ayant accès à une source de financement pour ses entreprises. Quant aux groupes capitalistes occidentaux, à commencer par les grandes banques américaines, ils ont pu réaliser par ce biais des profits considérables.

Le sort de Hong Kong a toujours dépendu de l’évolution des relations entre les États occidentaux et la Chine. Aujourd’hui, pour des raisons de politique intérieure, lancé dans une campagne pour sa réélection, Trump ne cesse de désigner l’État chinois comme le bouc émissaire, responsable de tous les maux économiques et sanitaires. Cela correspond aussi à une politique traditionnelle de l’impérialisme américain qui peut ainsi justifier auprès de sa population le rôle de gendarme du monde.

Pour les dirigeants de Washington, la défense de la démocratie à Hong Kong n’est qu’un prétexte parmi bien d’autres pour alimenter une tension avec la Chine et une surenchère qui, avec l’aggravation de la crise, est de plus en plus lourde de menaces. Quant à conquérir durablement sa liberté, la population de Hong Kong ne pourra le faire qu’en liant sa lutte à celles des populations de toute la Chine.

Marc RÉMY