Goodyear – Amiens : le patron condamné pour licenciements abusifs

03 Juin 2020

Après sept années de procédures judiciaires, la direction de l’entreprise Goodyear a été condamnée par le conseil des prudhommes d’Amiens jeudi 28 mai.

L’usine de pneus avait fermé en 2014, jetant à la rue ses 1 143 salariés. En 2018, 832 ex-salariés faisaient comparaître la direction du groupe devant le tribunal des prudhommes, déplacé pour l’occasion dans l’amphithéâtre de la plus grande salle de spectacle d’Amiens.

Les ouvriers contestaient leur licenciement, présenté comme une nécessité économique par la direction. Lors de la fermeture du site, le Code du travail qualifiait encore d’abusifs les licenciements dans les usines d’un groupe bien portant. Il est vrai que depuis, les lois Macron ont simplifié la tâche des patrons licencieurs, puisque c’est sur la base des résultats de chaque site de production qu’est appréciée la justification des suppressions de postes.

Les ex-salariés ont donc eu le loisir de démontrer que, l’année de la fermeture, la multinationale avait réalisé un bénéfice de 3 milliards de dollars, le plus important jamais affiché depuis sa création, et distribué 1,5 milliard de dollars à ses actionnaires. De leur côté, les avocats de l’entreprise n’ont pas réussi à convaincre que l’usine Goodyear d’Amiens était une entreprise indépendante, une sorte de sous-traitant aux comptes déficitaires et séparés de la multinationale.

L’usine ne rouvrira certes pas pour autant, et la direction se réserve le droit de faire appel. Mais, en cette période pleine d’annonces de licenciements, cette victoire judiciaire a mis du baume au cœur des ex-ouvriers de l’usine. La majorité est toujours au chômage ou en contrats précaires, et sept d’entre eux avaient été condamnés à de la prison avec sursis pour avoir retenu une nuit les deux cadres venus leur annoncer les conditions de la fermeture. Malgré tout, les ouvriers ont montré leur détermination pour réclamer leurs droits.

Le calcul des indemnités dues aux ex-salariés sera fait ultérieurement. Mais, en parlant de ce jugement, Évelyne Becker, ex-déléguée CGT, a pu estimer qu’il « nous rend notre dignité face à une multinationale qui nous a méprisés et humiliés ».

Correspondant LO