Déconfinement : avec crise annoncée

03 Juin 2020

Avec le déconfinement, le gouvernement pousse à la reprise du travail dans les entreprises où celui-ci avait cessé, au retour à la cadence normale dans les autres. Mais, en économie capitaliste, il ne suffit pas de remettre les travailleurs à l’ouvrage, encore faut-il que des consommateurs achètent les marchandises et les services ainsi produits.

Aujourd’hui, les automobiles sont sur les parkings des usines, les pommes de terre sont stockées dans les fermes, les hôtels sont vides, les avions à l’arrêt. Les ministres et les médias font donc campagne pour que les consommateurs consomment. Ainsi, à l’écoute des informations lundi 1er et mardi 2 juin, il semblait que la population française, après deux mois de confinement, allait retrouver la vraie vie, à savoir les terrasses des bistrots et la préparation des congés. Le fait d’aller boire une bière en terrasse devient un acte de résistance économique et une affirmation de l’art de vivre à la française, un art dont les maisons Pernod-Ricard, Courvoisier et Kronenbourg sont les hérauts. Les télévisions multiplient les reportages sur les destinations de rêve en métropole, les beaux hôtels, les campings idéalement situés, etc. Le ministre de l’Économie met au point des primes pour acheter des voitures neuves et des économistes insistent sur le fait que les ménages auraient épargné 55 milliards d’euros pendant le confinement. Il conviendrait maintenant de les dépenser !

En même temps, 850 000 travailleurs précaires ont perdu leur emploi, des centaines de milliers d’autres n’ont plus aucune opportunité de travailler, des millions ont vu leurs revenus amputés et redoutent les licenciements. Toute la classe travailleuse craint avec raison de subir le chantage entre réduction de salaire et licenciement. Ce ne sont pas ces travailleurs, pas plus que les six millions déjà au chômage, qui risquent de consommer plus.

Ces voitures que bien peu peuvent acheter, alors que des millions de guimbardes sont en circulation, ces hôtels vides alors que la moitié de la population ne part pas en vacances faute de moyens, ces tonnes de pommes de terre prêtes à être jetées et ces huîtres devenues trop grosses pour être vendues, alors que des quartiers comptent sur l’aide alimentaire, sont autant d’illustrations de l’absurdité de l’économie capitaliste.

Les reportages radieux dans lesquels les bobos parlent aux bobos de leurs apéros et les incantations à la consommations entonnées par les économistes n’y changeront rien.

C’est une tare congénitale de ce système que d’être périodiquement conduit à réduire les travailleurs à la misère alors même que l’économie crève de ne pouvoir écouler ses marchandises.

Paul GALOIS