Compagnies low cost : attaques de haut vol

03 Juin 2020

La compagnie aérienne à bas coût Ryanair, faisant valoir l’arrêt quasi total de ses avions durant le confinement et ses difficultés à retrouver des clients, a décidé de se payer sur le personnel.

Les pilotes devraient accepter de baisser leurs salaires de 20 %, faute de quoi l’entreprise licencierait un tiers d’entre eux et presque autant de copilotes basés à Bordeaux, Marseille et Toulouse. Les nouveaux pilotes seraient embauchés à un tarif plus bas. Le Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) aurait décidé de coopérer avec la direction, sous prétexte qu’elle se serait engagée à ne licencier personne.

Le personnel navigant commercial (PNC), c’est-à-dire les hôtesses de l’air et les stewards, a reçu le même type de proposition, en réalité de chantage : une baisse de salaire de 10 % dès le 1er juillet, puis une réduction d’un cinquième de leur temps de travail – donc de réduction des primes – et 300 euros de moins sur une paye.

Leur salaire tomberait à 1 200 euros par mois. Le tout serait imposé pour une durée de cinq ans, après lesquels tout pourrait revenir à la normale, comme le suggère la direction qui ne s’engage à rien et donne aux syndicats cinq jours pour signer ; sinon 27 PNC sur 160 seront licenciés.

D’autres entreprises du secteur, comme la compagnie low cost EasyJet, ou liées à l’aéronautique font de même. Derichebourg Aeronautics Services, sous-traitant d’Airbus, propose à ses salariés de renoncer à leur treizième mois et à leur indemnité de transport, simplement pour réduire le nombre des 700 suppressions de postes prévues par le plan de la direction.

Le patronat est très vite passé à l’attaque, maniant soit le prétendu plan social classique, soit les accords de performance collective, mis au goût du jour par la loi travail, une méthode encore plus expéditive pour peu que les syndicats signent et que les travailleurs ne réagissent pas.

Les promesses d’une amélioration future ne risquent pas d’abuser les salariés : beaucoup se souviennent des accords chez Bosch, Smart ou Continental, où l’avenir s’est révélé catastrophique : catastrophique pour les travailleurs, mais pas pour les actionnaires.

D’ailleurs, au passage, les compagnies EasyJet et Volotea vont profiter du fait que le gouvernement a exigé d’Air France l’abandon de certaines dessertes régionales. Elles visent à se positionner, dès le début juillet sur une quinzaine de créneaux de vols intérieurs, officiellement décriés comme peu écologiques, mais qui peuvent être très rentables.

Sylvie MARÉCHAL