Collomb et le Nouveau monde : le bateau prend l’eau

03 Juin 2020

« La politique, c’est comme l’andouillette. Ça doit sentir la merde mais pas trop », déclarait crûment Édouard Herriot, longtemps maire de Lyon avant et après la Seconde Guerre mondiale et maître en combinaisons et coups tordus sous les IIIe et IVe Républiques.

Aujourd’hui Gérard Collomb partage avec son célèbre prédécesseur d’avoir été maire de Lyon, de 2001 à 2017, et de l’être redevenu après avoir abandonné en 2018 le poste de ministre de l’Intérieur de Macron pour préparer les élections municipales.

Après quarante ans passés au Parti socialiste, Collomb a été en 2017 un des principaux parrains de Macron et un pilier de La République en marche. Récompensé par un poste de ministre de l’Intérieur, il l’a abandonné quand des vents mauvais ont commencé à souffler sur l’embarcation macroniste. Sa démission du gouvernement ne l’a pas sauvé du discrédit puisque la liste investie par La République en marche au premier tour des municipales à Lyon est arrivée en troisième position en mars dernier, derrière Les Républicains et Europe écologie les Verts, arrivée en tête au premier tour.

Collomb a donc machiné une nouvelle alliance avec Les Républicains dans la perspective d’abandonner la présidence de la Métropole de Lyon à la tête de liste du parti de droite mais de porter à la mairie de Lyon son poulain du premier tour. Il s’est affiché avec l’ex-figure nationale de la droite mais baron régional Laurent Wauquiez, ce qui a amené LREM à lui retirer son soutien.

Cette péripétie est à l’image des difficultés du parti de Macron, qui a construit son succès en 2017 grâce au discrédit des partis d’alternance et aux ralliements de figures de second plan ou d’ambitieux venus de droite et de gauche. Mais il ne parvient pas à devenir un mouvement national cohérent, avec des implantations locales solides et une fidélité incontestable au chef. L’échec des listes LREM dans bien des municipalités et l’impopularité de Macron lui-même ne vont pas faciliter l’émergence et l’ancrage d’un tel parti. La tendance actuelle serait plutôt à abandonner le navire.

Pour les travailleurs et les classes populaires, cela ne change évidemment rien. Par contre, la crise politique liée à l’effondrement électoral du PS et de la droite classique, qui avait permis le succès de Macron à la présidentielle, a de beaux jours devant elle et risque bien de s’approfondir avec la crise économique qui a commencé dans le sillage de la pandémie de Covid-19.

Boris SAVIN