Burkina Faso : Barkhane renforcée, la terreur persiste

03 Juin 2020

Dans l’Est du Burkina Faso, cinquante personnes ont été tuées samedi 30 mai lors de l’attaque d’un marché au bétail. Suivant leur habitude, les djihadistes ont fait irruption à moto et ont ouvert le feu sur les habitants et les commerçants présents, les poursuivant jusque dans la brousse.

Les attaques des groupes djihadistes se multiplient ainsi dans le pays, et le fait que les effectifs de la force française Barkhane ont été portés début mars à 5 100 hommes n’y a rien changé. La population de régions entières, coincée entre les différentes bandes armées, ne sait plus où s’enfuir pour retrouver la sécurité.

Les convois de commerçants sont eux aussi régulièrement attaqués, et ne circulent plus que sous la protection de milices armées, ces groupes d’autodéfense koglweogo qui se sont tristement illustrés par leurs exactions contre la population peule. Des dizaines de villages sont désormais totalement contrôlés par les djihadistes, qui y font régner la loi islamique, forçant les femmes à se voiler et obligeant les écoles à fermer.

Les djihadistes attisent les vieux conflits, incitant les éleveurs à récupérer les terres appartenant aux cultivateurs, et se présentent comme des justiciers face à un État corrompu. Face à eux, l’armée burkinabé se soucie bien peu de protéger les villageois. Quand elle arrive sur place, une fois les djihadistes partis, c’est pour exercer des représailles contre la partie peule de la population, indistinctement accusée de les soutenir parce qu’elle est de confession musulmane. Pour fuir cette spirale de violence, 800 000 Burkinabés, soit un habitant sur vingt, ont dû fuir leur foyer.

Il y a bientôt six ans, un espoir s’était levé au Burkina. Le dictateur Blaise Compaoré avait été renversé par un soulèvement populaire qui avait jeté dans la rue toute une jeunesse désireuse de mettre fin à la corruption et au régime policier. La France, après avoir exfiltré Compaoré vers la Côte d’Ivoire, avait alors manœuvré pour que ces aspirations soient déçues et que succède au dictateur en fuite un régime tout aussi corrompu et antipopulaire, le seul type de régime que l’impérialisme français peut tolérer dans ses anciennes colonies. Les djihadistes arrivant du Mali voisin n’ont ainsi eu aucun mal à recruter des adeptes en s’appuyant sur la haine que suscite un tel État, avant aujourd’hui d’imposer leur terreur.

L’armée française est là pour protéger ce régime, et certainement pas la population burkinabé. Celle-ci continue au contraire à payer très cher la mainmise de l’impérialisme.

Daniel MESCLA