Blanquer et les lycées professionnels : intérêt à géométrie variable

03 Juin 2020

Déplorant le décrochage des jeunes scolarisés dans les lycées professionnels, qui toucherait 20 % des élèves, le ministre de l’Éducation nationale, Blanquer, s’est félicité de leur ouverture. Il a affirmé dans tous les médias qu’il s’agissait même de sa première priorité.

Les lycées professionnels scolarisent quatre lycéens sur dix, soit 643 800 jeunes. Mais l’intérêt de ce ministre pour ces jeunes en majorité issus des classes populaires est surtout une posture, car la politique qu’il a mise en œuvre vise au contraire à démolir cette filière.

Sa réforme de l’enseignement professionnel destinée à « transformer le lycée professionnel » a été contestée dans la rue et dans la grève par des milliers d’enseignants, de parents et d’élèves à la fin de l’année dernière. Et pour cause. Elle revient en effet à réduire de 9 à 11 semaines les cours destinés aux élèves en baccalauréat professionnel, à diminuer les heures de 16 % en CAP et de 10 % en baccalauréat professionnel pour les disciplines professionnelles, de 50 % en CAP et 25 % en bac professionnel pour les disciplines générales. Plus généralement, alors que 22 500 jeunes supplémentaires devraient rentrer dans le secondaire, d’après les syndicats, il aurait fallu recruter au bas mot 1 100 professeurs pour ne serait-ce que maintenir le nombre d’adultes dans ces établissements. Mais il n’est pas prévu de créer le moindre poste d’enseignant pour la rentrée 2020. Et des filières professionnelles entières sont supprimées.

L’enseignement professionnel doit fournir les futurs électriciens, menuisiers, techniciens ou conducteurs d’engins dont le patronat a besoin. Mais cela doit se faire à moindre coût. Et il ne s’agit évidemment que de former de la chair à exploiter. Qu’ils soient de futurs lycéens de la voie professionnelle ou de futurs prolétaires à la recherche d’un emploi, ces jeunes devront donc apprendre bien vite à se défendre et à combattre cette société capitaliste. Des jeunes futurs révoltés que Blanquer portera à coup sûr beaucoup moins dans son cœur.

Aline RETESSE