6,7 millions de chômeurs : une société malade

03 Juin 2020

En avril, 843 000 nouveaux chômeurs sont entrés dans la catégorie A, c’est-à-dire sans aucune activité. Cette hausse est sans précédent : + 22,6 % par rapport au mois de mars, qui avait déjà connu une hausse record.

Toutes les catégories d’âge sont frappées, en premier lieu les jeunes de moins de 25 ans (+ 29,4 %). Désormais, plus de 4,5 millions de personnes sont inscrites à Pôle emploi en catégorie A. Et au total, toutes catégories confondues, le nombre des chômeurs s’élève à plus de 6,7 millions sur la France entière, sans compter Mayotte. Derrière ces chiffres, ce sont autant de familles poussées vers la pauvreté.

Les trois quarts des nouveaux chômeurs de catégorie A sont d’anciens chômeurs de catégorie B ou C (en activité réduite), souvent intérimaires, en CDD ou en contrat court. Dans les secteurs comme le commerce, les services à la personne, l’hôtellerie, le tourisme, la restauration, le transport, la construction, l’industrie du spectacle, la crise sanitaire les a contraints à cesser complètement le travail.

La réforme de l’Assurance chômage, qui entre en vigueur au 1er septembre, va aggraver la situation en durcissant le mode de calcul de l’allocation pour les travailleurs ayant alterné contrats courts et périodes de chômage.

Pour commenter cette hausse, le ministère du Travail a déclaré : « Le chômage augmente parce que les entreprises, dans le contexte actuel, nembauchent plus, mais pas parce quelles licencient massivement. » Était-ce censé rassurer, ou au contraire l’aveu que l’hécatombe ne fait que commencer ? Au même moment, toutes les grandes entreprises annonçaient des suppressions d’emplois pour les mois à venir. Renault a confirmé la suppression de 15 000 postes, dont 4 600 en France. Airbus prépare un plan de licenciements qui, d’après le journal britannique The Telegraph, pourrait concerner 10 000 travailleurs. Air France a annoncé en interne un vaste plan de réduction d’effectifs. Et la liste va encore s’allonger.

Voilà l’avenir que les capitalistes préparent aux travailleurs : d’un côté, des millions de femmes et d’hommes condamnés à la violence du chômage et de la pauvreté ; de l’autre, ceux qui gardent un emploi sentent la menace des baisses de salaire, des journées de travail rallongées, des congés rognés. Pendant ce temps, dans les entreprises et dans les services publics utiles à la population, ces millions de bras et de cerveaux vont manquer.

Sacrifier la vie des travailleurs pour sauver les fortunes des riches, ce n’est pas une fatalité liée à la baisse réelle des ventes. C’est un choix de classe pour répondre à cette crise sans toucher aux profits des capitalistes.

Julie LEMÉE