Trusts pharmaceutiques : course aux vaccins et course aux profits

27 Mai 2020

Après les déclarations sur l’utilisation du vaccin sur lequel les équipes de Sanofi travaillent, Macron et Merkel ont protesté. Ils refusent que les États-Unis soient favorisés sous prétexte qu’ils auraient mis plus d’argent dans la recherche et déclarent le vaccin « bien commun du 21e siècle ».

Cette découverte est pour le moins tardive de la part des deux dirigeants européens. La commercialisation d’un vaccin dépend aujourd’hui des législations de chaque pays et est régie par les règles de l’OMC, l’Organisation mondiale du commerce, qui oblige chaque État membre à respecter les « droits de propriété intellectuelle relatifs au commerce ». Ceux-ci doivent donc verser des royalties pendant vingt ans au laboratoire détenteur du brevet.

C’est déjà pour faire appliquer ces règles que les trusts pharmaceutiques avaient intenté dans les années 1990 des procès à un pays comme l’Afrique du Sud qui prétendait fabriquer des génériques des médicaments antirétroviraux contre le Sida. Finalement après quatre années de procédure, les laboratoires pharmaceutiques avaient dû renoncer en 2001 et les 4,7 millions de séropositifs, soit 10 % de la population sud-africaine, avaient pu être soignés à des tarifs très inférieurs à ceux pratiqués en Europe et aux États-Unis, environ 400 dollars au lieu de 20 000 à 30 000 dollars.

Mais si les trusts pharmaceutiques doivent parfois reculer et renoncer à une petite partie de leurs profits colossaux, ce n’est pas l’absence d’un brevet qui pourrait rendre l’accès à un futur vaccin antiCovid-19 plus facile pour tous les malades dans le monde. Salk, inventeur d’un des vaccins contre la poliomyélite, n’avait pas breveté sa découverte, déclarant : « Pourrait-on breveter le Soleil ? ». Le médecin suisse Didier Pittet fit de même dans les années 1990 en ne brevetant pas la solution hydroalcoolique. Cela n’a pas empêché ni Sanofi, qui fabrique le vaccin contre la poliomyélite, ni L’Oréal et LVMH qui fabriquent du gel, de s’approprier la fabrication de ces produits non brevetés, et d’en tirer de substantiels profits aux dépens des patients.

Pour bénéficier des progrès de la médecine sans devoir passer par les exigences des trusts ou de l’OMC, il ne suffira pas d’interdire les brevets. Il faut ôter aux trusts de la pharmacie comme à tous les autres le pouvoir qu’ils exercent, avec ou sans brevets.

C. D.