Korian : en grève pour les salaires et pour l’embauche

27 Mai 2020

« Une chambre à 3 000 euros. Plus de qualité ? Non, plus de profits », pouvait-on lire sur des panneaux brandis par les salariés des Ehpad du groupe Korian en grève le 25 mai pour des primes, l’augmentation de leur salaire et l’embauche de personnel.

Le groupe Korian emploie 24 000 salariés dans 308 Ehpad et 84 cliniques. Au moins 50 Ehpad étaient en grève lundi, et des manifestations de plusieurs dizaines de personnes ont eu lieu à l’appel de la CGT, de Sud et de FO dans les villes où sont situés ces établissements.

Il y a déjà plusieurs semaines, la direction du groupe avait annoncé le versement d’une prime de 1 000 euros, mais le personnel, ne voyant rien venir, a préféré se mettre en grève. Il réclame le versement de ces 1 000 euros, la prime que Macron avait conseillé aux patrons de verser en 2019 après le mouvement des gilets jaunes et reconduite, toujours sans obligation, en 2020. Les grévistes exigent également que tous les salariés puissent toucher celle de 1 500 euros que le ministre de la Santé, Olivier Véran, a promis de verser après l’épidémie, somme qui n’est pour le ministre qu’un maximum. Ils veulent aussi une augmentation de 300 euros par mois et du personnel en plus.

La grève a fait bouger la direction, qui a annoncé le soir même qu’elle allait verser une prime de 1 500 euros net pour tous. Mais cela ressemble à un tour de passe-passe. D’abord les deux primes réclamées se ramènent à une seule, puisque Korian veut intégrer dans ces 1 500 euros la prime promise par l’État et financée par l’Assurance maladie. Korian ne ferait donc que compléter un peu la prime Véran, pour celles et ceux qui ne toucheront pas le montant maximum parce qu’ils travaillent en clinique ou dans un département classé vert. De plus tout le monde ne touchera pas 1 500 euros. La directrice des ressources humaines du groupe a en effet annoncé que le montant serait calculé en fonction du temps réellement travaillé, ce qui laisse la porte ouverte à toutes les arnaques possibles. Pas gênée de parler à la place des grévistes, elle a même osé prétendre dans les colonnes du journal Le Parisien que « le personnel ne comprendrait pas que tout le monde touche le même bonus sans avoir assuré le même travail » alors que les grévistes précisaient bien qu’ils voulaient ces primes « sans discrimination ». Quant aux augmentations et à l’embauche, cela est renvoyé à des négociations devant déboucher à la fin de l’année.

Le groupe Korian est leader français sur le lucratif marché des maisons de retraite. Il a réalisé 535 millions d’euros de bénéfices en 2019 et prévoyait de verser 54 millions d’euros à ses actionnaires. Il y a finalement renoncé pour cette année, tellement cela aurait paru indécent après l’hécatombe survenue dans ses établissements, dont plusieurs, comme celui de Mougins, ont été mis en cause devant la justice. Mais ce n’est que partie remise pour l’année prochaine.

Les grévistes n’entendent pas se faire arnaquer. Ils savent l’argent qu’il y a dans les caisses de Korian, et ne veulent plus faire les frais de ce marché de « l’or blanc ».

Daniel MESCLA