Enseignement : Blanquer ou le bluff permanent

27 Mai 2020

Deux semaines après la réouverture des écoles, force est de constater qu’elles ne font pas le plein. Le ministre de l’Éducation nationale a beau afficher partout sa satisfaction et prétendre que 80 % des écoles sont ouvertes, c’est de la poudre aux yeux.

Dans de nombreuses communes, les maires ont refusé d’ouvrir leurs écoles parce que le protocole de réouverture exigeait une désinfection permanente des locaux et qu’ils n’avaient ni les effectifs ni le matériel pour le faire. Cela n’empêche pas le ministre de continuer à mentir comme un arracheur de dents.

Il est tout aussi difficile de savoir combien d’enfants retournent réellement en cours et dans quelles conditions. Il est sûr que ce sont plutôt les bons élèves et ceux venant des milieux les plus favorisés qui rentrent en premier. On est loin des beaux discours du ministre affirmant qu’il voulait, en ouvrant en mai, lutter contre le décrochage scolaire.

Les enfants des milieux les plus défavorisés sont les derniers à revenir à l’école, d’abord parce que leurs parents n’ont aucune confiance dans les autorités et doutent des mesures sanitaires mais aussi parce que les enfants ont perdu pied pendant le confinement. Sans parler de la nécessité pour les familles d’acheter elles-mêmes les masques des enfants. En effet, le ministre a eu beau se gargariser de la continuité pédagogique pendant cette période et affirmer contre toute vraisemblance que tout était prêt pour permettre l’école à distance, la réalité est tout autre. Tous les chiffres avancés par le ministère sont pipés. Au lycée Paul-Éluard à Saint-Denis, la direction considère qu’un élève qui s’est connecté une fois à pronote (la plateforme qui présente les devoirs, les notes) n’est pas un décrocheur. Pour autant, rien ne dit que cet élève suit les cours, rend des devoirs à ses professeurs. En réalité, dans nombre de lycées et collèges, la moitié voire la totalité des élèves n’ont plus aucun contact avec les enseignants.

Alors que le manque de contact réel a montré l’absurdité de parler des bénéfices de l’enseignement à distance, dans l’enseignement supérieur il est vu comme une solution à la rentrée universitaire.

Les affabulations du ministère ne servent qu’à masquer l’absence de moyens mis en œuvre pour permettre aux cours de reprendre réellement. Il n’a en effet pas de solution. Depuis des années, les classes surchargées ne permettent pas aux élèves de réussir. C’est toute l’année qu’il faudrait des effectifs à quinze par classe ! Pour cela, il faudrait adapter les locaux et surtout embaucher massivement des enseignants, du personnel de service

Aline URBAIN