Chômage partiel : un cadeau surtout au patronat

27 Mai 2020

Depuis le début du confinement, l’État rembourse 100 % des rémunérations des 10,6 millions de salariés placés en chômage partiel. Le gouvernement a décidé de passer ce taux à 85 %, laissant à la charge des patrons les 15 % restants.

La mesure devrait entrer en vigueur le 1er juin sauf pour les entreprises fermées pour des raisons sanitaires, telles que les cafés ou parcs d’attractions. Cette mesure, qui concernait les travailleurs gagnant moins de 4,5 fois le salaire minimum, a permis à des milliers d’entreprises, dont les plus grosses, de ne rien payer pour maintenir les effectifs alors que la pandémie imposait la fermeture de l’entreprise. Si le salarié ne recevait que 84 % de son salaire net, le patron en revanche ne dépensait rien en fait de salaires.

Ce cadeau aux entreprises, qui devrait coûter pour le seul mois d’avril 24 milliards si tous les dossiers déposés sont acceptés, se poursuivra donc pour le moment sans date limite, en coûtant désormais quelques sous aux patrons. Malgré l’ampleur du cadeau, ceux-ci ne sont pas satisfaits : le Medef s’inquiète que des secteurs en difficulté soient oubliés. Selon le président de l’Union des entreprises de proximité (artisans, professions libérales…), « On fera avec, mais tout dépendra des autres mesures de soutien, comme celle portant sur le fonds de solidarité ou les exonérations de charges ». Celui des petites et moyennes entreprises considère que « cest plus rude que ce que nous attendions, mais de toute façon le signal était donné depuis plusieurs jours ». Et de conclure : « Les entreprises qui nont pas lactivité suffisante et de visibilité quant au retour à lemploi de leurs salariés actuellement au chômage partiel nauront dautres choix que denclencher les licenciements économiques. »

Ces représentants patronaux sont beaucoup plus discrets sur le cas des entreprises qui fraudent en déclarant leurs salariés en chômage partiel tout en les faisant travailler. Le cabinet Technologia estime que cette escroquerie est le fait d’un quart des entreprises.

Le chantage sous-jacent de ces patrons et en particulier des plus gros est significatif. Puisque la société paye, ils tiennent à profiter de l’aubaine le plus longtemps possible.

Inès Rabah