Chloroquine : une polémique loin d’être close

27 Mai 2020

Depuis le début de la pandémie une polémique fait rage autour de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine. Aux médecins qui s’affrontent par médias interposés se sont ajoutés des politiciens sans aucune compétence scientifique venus mettre leur grain de sel.

Après Macron, qui avait rendu visite au docteur Raoult car il « discute avec tout le monde », ce sont maintenant Trump et Bolsanoro, dont on apprend qu’ils prennent préventivement de la chloroquine. Sans rire Trump explique que « si ça ne me fait pas de bien ça ne me fera pas de mal »...

La polémique a maintenant rebondi avec la publication par la revue scientifique The Lancet d’une étude comparant les traitements de 96 000 patients dans 671 hôpitaux. 15 000 d’entre eux ont reçu de la choloroquine ou de l’hydroxychloroquine, seules ou associées à un antibiotique. Leurs dossiers médicaux ont été comparés à ceux de 81 000 patients n’ayant pas reçu ces traitements. Les auteurs de l’étude concluent que chez ces patients hospitalisés « les chances d’améliorer l’état des malades sont plutôt minces » et que le risque de mortalité est plus élevé chez les patients recevant chloroquine ou hydroxychloroquine.

Ils admettent cependant les « limites » de leur étude puisqu’elle ne répond pas aux critères habituels des études scientifiques dans lesquelles les groupes des patients sont tirés au sort sans que ni le médecin ni le patient ne connaissent le médicament administré. On parle alors d’étude randomisée (tirage au sort) en double aveugle (le médecin et le malade ne savent rien du traitement administré).

Les limites de l’étude du Lancet font que les partisans de Raoult ont beau jeu de nier ses résultats, ajoutant qu’elle n’inclut que les patients hospitalisés, alors que pour Raoult le traitement doit être pris avant l’hospitalisation.... comme le fait Trump. Alors la polémique est loin d’être close et ne le sera pas tant que des études scientifiques incontestées dans leur méthodologie n’auront pas été menées à leur terme.

On en est encore loin, à voir ce qui se passe avec l’étude Discovery, grande étude européenne avec 3 200 patients, annoncée triomphalement par Olivier Véran début avril et aujourd’hui à l’arrêt puisque seuls les 800 patients français ont été sélectionnés. On en parle maintenant comme de l’étude Fiascovery.

En attendant il est quand même clair que les preuves de l’efficacité des médicaments déjà utilisés pour d’autres maladies, la chloroquine et d’autres, se font attendre et qu’aucun d’entre eux ne permettra de guérir tous les malades. La meilleure solution thérapeutique à venir semble donc toujours être la vaccination. Mais peu importe, les politiciens et autres démagogues qui ont vu là un hochet à agiter ne sont pas près de le lâcher.

Cédric DUVAL