Belgique : entre patrons et virus, les travailleurs payent le prix fort !

27 Mai 2020

La Belgique fédérale ne compte pas moins de cinq gouvernements parmi lesquels neuf ministres se partagent les sujets de la santé. Il y a même un ministre fédéral des masques ! Cela n’a pas empêché le pays de compter un nombre record de morts du Covid, rapporté au nombre d’habitants.

Comme ailleurs, les hôpitaux ont traversé la crise sanitaire avec beaucoup de difficultés, car ils avaient subi des restrictions de budgets, la fermeture de dizaines d’entre eux, la suppression de milliers de lits, la compression du nombre de soignants, la limitation depuis 2005 de l’accès aux études de médecine… Ici aussi, un stock stratégique de deux millions de masques de protection avait été récemment détruit.

Le personnel de santé a dû faire face à l’explosion du nombre d’hospitalisations de malades du Covid-19 en manquant de tout : de vêtements de protection, de masques, de tests, de respirateurs, d’anesthésiant et de médicaments. Alors que les fédérations de médecins réclamaient elles-mêmes la réquisition d’entreprises pour fabriquer rapidement ces moyens de protection, les neuf ministres belges ont été unanimes pour s’en remettre au marché capitaliste, pour le plus grand bonheur de vendeurs plus ou moins véreux.

Pour faire face à la pénurie des moyens de traitement, les autorités ont divisé les malades en quatre catégories, basées sur l’état de santé, et déterminant l’accès aux soins intensifs… ou non. Un « simple » accident de santé, cancer ou dépression, fait basculer dans la catégorie « non prioritaire » pour les médicaments en pénurie, même s’agissant de personnes jeunes, voire d’étudiantes infirmières envoyées en stage dans les unités de Covid-19 et donc exposées à la maladie !

Dans les Maisons de repos et de soins (MRS), l’équivalent des Ehpad français, la situation a été dramatique. Pour éviter de saturer les établissements hospitaliers, les pensionnaires atteints du Covid n’ont pas été envoyés à l’hôpital et le personnel des MRS a dû se débrouiller avec les malades et le virus. Sur les 10 000 décès dus au Covid-19, plus de la moitié ont eu lieu dans les MRS.

Les travailleurs non concernés par le confinement ont eux aussi manqué de moyens de protection. Le personnel des grandes surfaces n’a souvent obtenu les masques, les écrans de plexiglas aux caisses, la restriction du nombre de clients, qu’à force de protestations. Pourtant, dans ces mêmes grandes surfaces, les masques chirurgicaux sont apparus dans les rayons comme par enchantement un mois plus tard, pour être vendus au prix fort à la clientèle.

Dans les entreprises en activité, comme celles de l’agroalimentaire, les recommandations officielles sur les mesures de distanciation sociale et d’hygiène ont été appliquées a minima, quand elles ont été appliquées. Sur 385 entreprises visitées par l’inspection du travail durant les mois de mars et d’avril, 85 % ne respectaient pas ces règles.

Pour un million et demi de travailleurs, le confinement a entraîné la mise au chômage économique, avec une indemnité équivalente à 70 % du salaire brut. Mais dans les secteurs comme la restauration ou le bâtiment, le nombre d’heures non déclarées est très élevé.

Les écoles ont été fermées et les ministres concernés ont vanté les mérites de l’enseignement à distance, illustré par des reportages réalisés dans les milieux aisés. En réalité, au moins 15 % des enfants ne disposent au mieux que d’un smartphone et vivent dans des foyers où la connexion Internet est inexistante ou limitée.

À présent, une enquête du gouvernement et les annonces des organisations patronales évoquent la probable suppression de plus de 200 000 emplois, 5 % des quelque quatre millions de salariés. Cela s’ajouterait au 330 000 chômeurs recensés en janvier 2020.

La direction de la compagnie aérienne Brussels Airlines, filiale de Lufthansa, a par exemple annoncé plus de mille suppressions d’emplois, tout en obtenant du gouvernement une aide de 290 millions d’euros. Les organisations syndicales et l’association des pilotes ont proposé de limiter les pertes d’emplois en renonçant, pendant trois mois, à une partie du salaire, jusqu’à 45 % pour les pilotes.

Dans la compagnie de transports en commun de la capitale, la STIB, les chauffeurs ont décidé d’un mouvement pour protester contre l’abandon de la désinfection des bus entre les tournées, alors qu’ils se remplissent à nouveau de voyageurs. Le droit de retrait s’est transformé en grève, suivie à 80 % par les conducteurs. Cette grève, non reconnue par les organisations syndicales, a duré près d’une semaine, malgré la pression pour redémarrer l’économie. La détermination des grévistes a incité la direction de la STIB à faire des concessions et notamment à augmenter la fréquence de nettoyage des bus.

Dans le secteur de la santé aussi, le personnel a exprimé son mécontentement. La Première ministre, Sophie Wilmès, venue en visite avec toute son escorte de conseillers dans un des plus importants centres hospitaliers de Bruxelles, l’hôpital Saint-Pierre, a été accueillie par une haie de déshonneur, dos tourné. C’était également l’occasion pour les soignants de rappeler que, avant de qualifier de « héros » le personnel de la santé, Sophie Wilmès avait imposé 900 millions de mesures d’austérité aux hôpitaux, alors qu’elle était ministre du Budget.

La colère a aussi été suscitée par un arrêté gouvernemental prévoyant la possibilité de réquisitionner le personnel soignant pour faire face à la deuxième vague de la pandémie. Le gouvernement a finalement reculé et annoncé la suspension de cet arrêté.

Certaines catégories de travailleurs ont ainsi réussi à se faire entendre, même en ces temps de confinement et de pandémie, et patrons et gouvernements devront sans doute apprendre à marcher sur des œufs.

Correspondant LO