Amérique latine : une violente crise sanitaire et économique

27 Mai 2020

Selon l’OMS, l’Amérique latine est désormais le nouvel épicentre de la pandémie. Mais tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne. Certains sont plus touchés que d’autres.

Et, pour tous, existe une autre menace, celle de la récession économique, ce qui signifie déjà pour les classes populaires de tout un continent, la maladie mais aussi la faim et la misère.

Parmi les pays les plus touchés, qui sont aussi les plus peuplés, il y a le Brésil et le Mexique, 340 millions d’habitants à eux deux, où les dirigeants politiques ont été aussi les plus laxistes, pour ne pas dire pire. Le Brésilien démagogue d’extrême droite Bolsonaro par exemple, imitant Trump, a multiplié les déclarations cyniques : « une petite grippe », « certains vont mourir, c’est la vie », « je ne suis pas entrepreneur des pompes funèbres », « je ne fais pas de miracles », tandis que parallèlement, le nombre des morts grimpait de 11 à 23 500 aujourd’hui. Le Mexique suit avec 7 633 décès, le Pérou 3 629, l’Équateur 3 203.

Bolsonaro s’est refusé à prendre des mesures de confinement et ne cesse de critiquer les autorités locales qui les ont mises en œuvre. Quant à Lopez Obrador, élu à la tête du Mexisque avec une image d’homme de gauche, il s’est comporté, sans surprise, comme tous ses prédécesseurs, en bon allié des États-Unis. La raison en est que 80 % des exportations mexicaines, notamment de pièces détachées industrielles, sont destinées au marché américain. C’est pourquoi, alors que l’épidémie atteint actuellement un pic, le président engage le déconfinement en prétendant mensongèrement qu’elle est désormais « domptée » !

En Argentine, où on dénombre seulement 467 morts pour 46 millions d’habitants, le gouvernement péroniste a été plus respectueux des règles visant à limiter l’extension de la pandémie. Mais il doit faire face à une crise économique grave, qui a commencé bien avant lui avec son prédécesseur qui, en faisant appel aux crédits du FMI, a laissé en héritage une dette qui pèse lourdement. Techniquement, le pays est en faillite et les autorités tentent de renégocier la dette avec un FMI pas pressé de donner suite. En conséquence, la situation des travailleurs, des classes populaires, des retraités ressemble de plus en plus à celle d’après le krach de 2001. Les salaires sont en moyenne deux fois en-dessous de ce qui permettrait de vivre normalement. 45 % des retraités sont dans l’indigence et dans les quartiers les plus déshérités, bidonvilles ou régions très pauvres, c’est le retour de la faim. Le tiers des grandes entreprises se préparent à licencier avant la fin de l’année. Quant aux travailleurs qui résistent au patronat, il leur faut souvent affronter la police, et des ouvriers combatifs sont jetés en prison.

Partout l’épidémie a creusé les inégalités, notamment en Équateur où elle a été particulièrement meurtrière, car en Amérique latine, sauf à Cuba, le système de santé est lamentable. Les populations confinées n’étant plus en situation de gagner leur vie dans la rue, elles dépendent de l’aide alimentaire. Au Chili, cette dernière tardant à arriver, la population a repris le chemin de la lutte qu’elle avait entamée avant le Covid. Le président milliardaire Pinera avait annoncé 2,5 millions de colis alimentaires pour les plus déshérités qui, excédés de ne rien voir venir, sont redescendus dans la rue. Une émeute de la faim a éclaté et des barricades ont été dressées dans une banlieue de Santiago. En Équateur aussi, des manifestations ont repris contre le régime et la contestation pourrait s’étendre.

Une officine de l’ONU a calculé que la récession en Amérique latine ferait reculer le produit intérieur brut de 5,3 %. Et ce n’est qu’une moyenne. Les derniers chiffres connus en Argentine, datant de mars dernier où il n’y avait encore que dix jours de confinement, révèlent que cette baisse y était déjà de 11 %.

Jacques FONTENOY