“Monde d’après” : le parfum des vieilles alliances

19 Mai 2020

Une nouvelle tribune s’est jointe, mercredi 13 mai, aux nombreux appels, manifestes et autres proclamations déjà existants, qui appellent à un « monde d’après » différent du « monde d’avant ».

Ce nouveau texte, « Au cœur de la crise, construisons l’avenir », est présenté comme émanant à la fois du monde politique, culturel, associatif et syndical. Les signataires précisent qu’ils s’engagent à titre personnel pour préparer l’avenir en réunissant « toutes les énergies disponibles » afin d’aboutir à un grand événement qui serait une « convention du monde commun ».

Si le texte évite toute référence aux partis politiques ou aux échéances électorales, c’est bien sûr en pensant aux futures alliances à conclure que beaucoup l’ont signé. Côté Parti communiste, on y retrouve entre autres Ian Brossat et Pierre Laurent, tandis que le Parti socialiste et ses différentes déclinaisons social-démocrates y sont représentés par d’anciennes ministres comme Aurélie Filipetti ou Najat Vallaud-Belkacem, mais aussi Olivier Faure et Raphaël Glucksmann, auxquels s’ajoutent bien évidemment les écologistes dans toute leur diversité, de Yannick Jadot à Cécile Duflot en passant par Corinne Lepage.

Autant dire que de la part de ce concert de réformistes, il ne fallait pas s’attendre à une proclamation révolutionnaire. Le texte reprend les ingrédients des unions de la gauche précédentes, en les adaptant au goût du jour. On y trouve une grosse dose d’écologie, avec condamnation du productivisme et transition écologique nécessaire, tout en affirmant une « nécessité de transformations économiques et sociales trop longtemps différées ».

L’appel revendique l’instauration d’un état d’urgence sociale, la valorisation des « travailleurs de l’aube et du soir », l’amélioration des conditions d’habitat, de santé, d’éducation, etc. Mais si une phrase d’introduction parle « d’offensive résolue contre les politiques dominantes et le capitalisme financier », c’est pour mieux l’oublier ensuite, puisqu’il n’est jamais question de remettre en cause la domination de la bourgeoisie sur la société. Tout juste est-il évoqué de soumettre aux directions des entreprises « l’impératif d’y faire entrer la démocratie en associant réellement les salariés à leur stratégie », comme s’il était possible à coup de discussions, de concilier les intérêts des travailleurs et ceux des capitalistes !

Les travailleurs n’ont rien à attendre de ces personnalités qui, tout en affirmant que « nous ne sommes pas condamnés à subir », ne proposent rien pour lutter contre les responsables de la crise économique et sociale.

Nadia CANTALE