Espagne : un pacte “social” pour la défense des profiteurs

19 Mai 2020

En Espagne, le gouvernement, la CEOE (le Medef espagnol) et les deux principaux syndicats de salariés, Commissions Ouvrières et UGT, viennent de signer un accord intitulé « pacte social pour la défense de l’emploi ».

Grâce à cet accord, le patronat va économiser pour juin les versements de salaires qui vont être payés par l’État et il ne paiera pas une bonne partie des cotisations sociales.

Si ce « pacte social » organise le chômage partiel, il n’annule pas la réforme du travail, une réforme mise en place par la droite et qui facilite les licenciements à bas coût. Il n’interdit ni les plans de licenciements ni les licenciements individuels.

En fait ce sont surtout les travailleurs qui payeront la facture de cet accord. Tout d’abord dans leur vie quotidienne, en étant en première ligne de la pandémie, avec des services publics et de santé encore plus dégradés comme l’a illustré la catastrophe sanitaire dans les maisons de retraite.

À cela s’ajoute l’augmentation des prix. Ceux des produits de base (le « panier de la ménagère ») ont augmenté de 4,1 % par rapport au mois d’avril 2019.

Et puis partout règnent la menace du chômage, la crainte de se trouver dans ce que l’on appelle « les queues de la faim » dont on peut voir des images à Madrid, à Barcelone et dans toute l’Espagne.

On lit également dans le pacte social que les travailleurs peuvent être licenciés définitivement et sans frais s’il existe un « risque de procédure d’insolvabilité ». Il sera aussi possible de licencier, sans que les patrons remboursent des exonérations fiscales pour ceux qui sont en contrats temporaires. Et il pourra aussi y avoir les licenciements dits disciplinaires visant par exemple des travailleurs indociles...

Le gouvernement ose parler d’un « accord équilibré » qui profiterait « aux employeurs mais aussi aux travailleurs ». Le recours au chômage partiel, le revenu minimum mis en place fin mai, toutes mesures que la droite défend aussi, seraient les concessions qui équilibrent l’accord. En réalité, il prévoit surtout la remise en route de la machine à profit ! Le gouvernement veut garantir le fonctionnement des grandes entreprises et des banques et leurs plus-values. C’est ce qu’il appelle « la reconstruction économique ».

Jacques MULLER