Chômage partiel : les patrons ne veulent rien payer

19 Mai 2020

La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a confirmé mercredi 13 mai que l’État allait réduire la prise en charge du chômage partiel à partir du 2 juin. Le même jour, son ministère a annoncé un renforcement du contrôle sur les demandes des entreprises pour détecter les fraudes ou les erreurs, « compte tenu de l’importance du soutien financier apporté par les pouvoirs publics. »

Plus de 12 millions de salariés sont actuellement au chômage partiel, soit six salariés sur dix dans le privé, et perçoivent un salaire net diminué de 16 % intégralement pris en charge par l’État et l’Unedic, ce qui représenterait un coût de 25 milliards d’euros pour trois mois. Aux yeux du gouvernement, le dispositif actuel a le défaut d’être trop généreux et surtout insuffisamment sélectif.

En effet, profitant de l’absence totale de contrôle, beaucoup en ont profité pour faire payer par l’État des salariés qui n’avaient pas cessé leur activité ou étaient en télétravail.

Dans un premier temps, pour adresser un message clairement rassurant au patronat, le gouvernement a pratiqué la politique du guichet ouvert concernant le chômage partiel. Mais à plus long terme, il entend réserver l’aide publique aux entreprises les plus importantes.Le gouvernement a donc annoncé qu’à partir du mois de juin, il diminuerait très progressivement la prise en charge de l’État, ramenée à 90 %, sauf dans les secteurs qui, comme l’hôtellerie et la restauration, n’ont pas été autorisés à reprendre leur activité. Exprimant son opposition à ce changement, le dirigeant du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, a déclaré : « Si on arrête le chômage partiel, le risque, c’est le chômage tout court. »

De nombreux petits artisans ou commerçants se sont en effet retrouvés dans une situation difficile et risquent de faire faillite dans les mois qui viennent. Mais ce n’est pas d’eux que se préoccupe le dirigeant du Medef. Engagé dans une négociation avec l’État, Roux de Bézieux hausse le ton pour que le gouvernement prenne en compte les intérêts des plus grandes entreprises. Et il sait très bien que le gouvernement saura être réceptif, comme il l’a montré avec Air France par exemple qui a déjà obtenu la prise en charge du chômage partiel jusqu’en décembre. Cela n’a pas empêché ce groupe d’annoncer en même temps entre 6 000 et 10 000 licenciements, démontrant ainsi que les mesures gouvernementales d’aides aux entreprises ne sont pas destinées à protéger les travailleurs du chômage.

Les entreprises du Cac 40, qui ont réalisé 87 milliards de profits en 2018, et 80 milliards en 2019, auraient tout à fait les moyens de financer le maintien intégral des emplois et des salaires. Mais pour maintenir la fortune de leurs actionnaires, elles continueront à réclamer le plus possible d’argent public. Et si le gouvernement et les représentants patronaux se disputent sur la façon de répartir l’aide publique, ils s’entendent pour mener la guerre aux travailleurs afin de leur faire payer la crise, par la diminution des revenus ou par le chômage, partiel ou total.

Hélène COMTE