Brésil : le virus Bolsonaro

19 Mai 2020

Vendredi 15 mai, le ministre brésilien de la Santé Nelson Teich a démissionné, moins d’un mois après son prédécesseur et pour les mêmes raisons : le président Bolsonaro ne veut pas entendre parler de la « tyrannie » du confinement, il prêche d’exemple en multipliant les bains de foule et préconise de traiter les malades avec la chloroquine.

La pandémie a pourtant déjà tué plus de 16 000 personnes dans le pays, du moins officiellement. Et il faut sans doute multiplier ce chiffre pour s’approcher de la vérité. Le système de santé est dans un tel état de délabrement qu’une fraction seulement des malades sont soignés ou même recensés. Le dévouement des travailleurs des hôpitaux ne peut suppléer à tout, pas plus que les mesures de confinement décrétées tardivement pour leur État par certains gouverneurs. La mairie de Sao Paulo, la plus grande ville et le centre de l’épidémie, a fait creuser préventivement 13 000 tombes. À Manaus, en Amazonie, c’est au bulldozer qu’on creuse les fosses communes. Sans surprise, les quartiers populaires sont les plus frappés : à Rio, les quartiers ouvriers de l’ouest le sont cinq fois plus que les quartiers chics de la zone sud, ceux des plages de Copacabana ou Ipanema.

Bolsonaro n’a rien perdu de son arrogance, mais il semble affaibli politiquement. Outre ses ministres de la Santé successifs, son ministre de la Justice, Moro, a démissionné fin avril. Cet ex-juge de Curitiba, champion de la lutte contre la corruption et responsable de la condamnation et de l’emprisonnement de Lula, était un des poids lourds du gouvernement. Un autre de ces poids lourds, le ministre de l’Économie Guedes, manifeste des états d’âme. Les caciques de la droite tirent à boulets rouges sur le président. L’ex-­président Cardoso lui conseille de démissionner avant d’être destitué. Le gouverneur de Sao Paulo, Doria, répète que le pays est frappé par deux virus : le Covid et Bolsonaro.

Ces personnalités critiquent l’attitude de Bolsonaro face au Covid, mais pas sa politique économique, toute au service de la bourgeoisie. Le 1er avril, celui-ci a publié pour la durée de l’épidémie un décret exemptant largement les patrons d’impôt et autorisant les baisses de salaire et les suspensions de contrats de travail. Il annonce qu’il va maintenant proposer à l’Assemblée de transformer ce décret en loi. Le « jour d’après », tel qu’il le prépare, ce sera pire qu’aujourd’hui.

Vincent GELAS