Agriculture : travailleurs surexploités

19 Mai 2020

Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a prévu que des dérogations supplémentaires seraient accordées aux travailleurs saisonniers agricoles pour franchir les frontières et venir travailler en France.

Dès le début du confinement, les agriculteurs avaient tiré la sonnette d’alarme en réclamant de l’aide, en particulier pour leurs exploitations maraîchères, arboricoles ou viticoles. Le 24 mars, le ministre de l’Agriculture appelait tous les travailleurs sans activité ou en chômage partiel à rejoindre « la grande armée de l’Agriculture française » !

Cet appel martial mettait en lumière à quel point le travail des saisonniers agricoles étrangers, originaires du Maghreb ou des pays de l’Est qui constituent le tiers de la main-d’œuvre saisonnière, est essentiel à l’agriculture française. Plus de 240 000 personnes se sont inscrites, environ 3 000 ont trouvé de l’embauche.

Cela n’a résolu ni le problème des agriculteurs ni celui des employés. Certains nouveaux saisonniers ne voulaient du travail que pour quelques semaines et non quelques mois. D’autres ont jeté l’éponge devant les conditions de travail.

Les saisonniers accomplissent les tâches les plus pénibles et répétitives, comme le ramassage ou la cueillette, qui exposent en permanence à des troubles musculo-squelettiques. Le travail agricole, c’est aussi se retrouver dans des serres par 40 ou 50 degrés, s’exposer à des produits phytosanitaires, côtoyer des engins agricoles parfois dangereux. Cela ne s’improvise pas et même, comme le rappelle un cultivateur, il faut un tour de main pour cueillir des fraises et les mettre en barquette : avec les cadences cela n’a rien à envier aux usines de production. Un agriculteur se souvient avec émotion d’une travailleuse polonaise qui pouvait ramasser jusqu’à 60 kg de fraises par heure. Cela donne une idée de ce que recherchent certains employeurs.

Tous ne disent pas crûment qu’ils attendent le retour des saisonniers migrants parce qu’ils sont plus rentables. Tous ne font pas la une des journaux pour avoir hébergé des saisonniers dans des conditions indignes. Un saisonnier reconnaît que les 1 000 à 1 500 euros représentent trois fois ce qu’il gagnerait en Pologne, preuve que les salaires y sont bas mais pas que ceux de France seraient décents !

Le contrat saisonnier agricole, ce smic sans indemnité de précarité pour des semaines de travail théoriques de 48 heures, mais plus souvent de 72 heures est, comme le dénonce un inspecteur du travail, « un CDD au rabais », une exploitation scandaleuse mais parfaitement légale, mise cette fois en lumière par l’épisode du confinement.

Sylvie MARÉCHAL