Abattoirs : contaminations en série

19 Mai 2020
Lundi 18 mai, on dénombrait au moins trois nouveaux « clusters », trois nouveaux foyers d’infection au Covid-19 dans des abattoirs en France.

À Fleury-les-Aubrais, près d’Orléans, 54 travailleurs ont été testés positifs, au point que l’abattoir a été fermé par les autorités de santé qui doivent procéder au dépistage de la totalité des 400 salariés. Dans un autre abattoir près de Saint-Brieuc, 69 ouvriers ont été diagnostiqués positifs, contaminés, et sont désormais en quatorzaine à leur domicile. En Vendée, onze personnes ont été testées positives dans une entreprise d’abattage de volailles.

La France ne fait bien évidemment pas exception. En Allemagne, 260 cas de contamination ont été répertoriés dans un seul abattoir. Aux États-Unis, on parle de 115 abattoirs touchés et de 12 000 ouvriers contaminés. On en compte aussi au Canada, en Espagne, en Irlande, en Australie, au Brésil…

Pourquoi les abattoirs deviennent-ils des clusters ? On commence à entendre parler de « conditions environnementales » particulières aux abattoirs, des systèmes de ventilation, du froid dans les ateliers qui augmenterait la survie du virus… Mais c’est oublier les conditions de travail qui sévissent dans ces usines ! Le point commun entre toutes, c’est le travail à la chaîne, la promiscuité entre les ouvriers qui travaillent côte à côte, se croisent dans des couloirs étroits, se déshabillent dans des vestiaires réduits, vivent pendant des heures sans pouvoir respecter la distanciation réglementaire. Et c’est sans compter la vétusté d’un certain nombre de ces entreprises tel l’abattoir de Fleury-les-Aubrais, réputé pour être le plus important de la filière porcine de la région et caractérisé par le préfet lui-même « par son obsolescence ».

Il en va dans les abattoirs, peut-être plus encore que dans toutes les entreprises : entre les conditions sanitaires requises pour le bien-être des travailleurs et les conditions de travail ordonnées par la courbe des profits, le patronat choisit les secondes.

Sophie GARGAN