Un amalgame pour faire silence dans les rangs

13 Mai 2020

Dans le cadre de la réouverture des écoles, le ministère de l’Éducation nationale a commis une note en direction des enseignants pour les « accompagner » et les aider dans cette reprise.

Publié le 4 mai, ce pensum contenait notamment une fiche, qui a été retirée depuis, sur l’attitude à adopter face aux « replis communautaires » et par extension vis-à-vis des « groupes radicaux ».

Il est d’abord rappelé que « l’École est le lieu par excellence de la transmission des idéaux républicains ». Ces fameux « idéaux républicains » à transmettre incluent manifestement le respect de l’autorité de l’État, la justification de la politique suivie par les gouvernements successifs en matière d’économies sur la santé et l’éducation, et le rôle de garde-chiourme de l’ordre social dédié aux personnels enseignants.

Ceux-ci sont donc alertés sur le fait que « la crise du Covid-19 peut être utilisée par certains pour démontrer l’incapacité des États à protéger la population et tenter de déstabiliser les individus fragilisés. Divers groupes radicaux exploitent cette situation dramatique dans le but de rallier à leur cause de nouveaux membres et de troubler lordre public. »

Les « groupes radicaux » visés par la fiche sont les organisations communautaristes de toute obédience, mais aussi les groupes révolutionnaires, mis pour l’occasion dans le même sac, avec, pour faire bonne mesure, les « complotistes », toutes sortes de gens à dénoncer et à combattre au nom de la République, selon le ministère. Derrière ce grossier amalgame, et sous prétexte de lutte contre le communautarisme et le complotisme, il y a la tentative de culpabiliser les critiques de la politique gouvernementale.

Une grande partie du public considère à juste titre que l’État est incapable de protéger la population. Beaucoup sont convaincus que si la réouverture des écoles a été décrétée, ce n’est pas pour récupérer les « décrocheurs » dont les gouvernants se moquent comme de leur certificat d’études, mais avant tout pour satisfaire les demandes du Medef et permettre aux salariés de retourner « librement » sur le lieu de leur exploitation, en dépit des risques d’extension de l’épidémie que cela comporte.

Ces opinions, grandement partagées, dépassent d’ailleurs largement l’audience des groupes visés. Une grande partie des professeurs des écoles ou des employés municipaux requis pour assurer cette rentrée pointent d’ailleurs les insuffisances en termes de moyens, voire de locaux. Mais lorsqu’ils constatent l’irresponsabilité du gouvernement, ils peuvent tout aussi bien se sentir visés par la note du ministère.

Plutôt que d’endosser l’uniforme des « soldats de la république » dont on veut les affubler, ils pourraient suivre le conseil de la fiche consistant à « renforcer l’esprit critique » des élèves, y compris contre des manœuvres aussi grossières.

J.C. Saran