Renault - Le Mans : mesures sanitaires et flicage

13 Mai 2020

Arrêtée depuis la mi-mars, la production de l’usine Renault du Mans a repris partiellement depuis trois semaines sans attendre la fin du confinement, malgré les risques de propagation du virus que cela pouvait entraîner. Et on ne peut pas dire que produire des châssis d’automobiles était une priorité pour l’ensemble de la société !

La semaine du 11 mai, la très grande majorité des 1 000 ouvriers de production ont repris le travail ainsi que plusieurs dizaines d’intérimaires. Mais l’ambiance et les conditions de travail sont bien différentes d’avant la fermeture. En effet, les mesures sanitaires prises ont de fait supprimé bien des petits espaces de liberté dans la journée de travail et la direction en a profité pour renforcer la surveillance.

Les heures d’arrivée et de départ de l’usine des équipes en 2 x 8, sont maintenant réglementées, en vagues successives, décalées de 10 minutes chacune. Dès l’entrée, les chefs distribuent les masques pour la journée, au nombre de deux par travailleur, et des caméras thermiques leur prennent la température.

Une fois à l’intérieur, des superviseurs, nommés par la direction, surveillent l’arrivée aux vestiaires, notent les noms de ceux qui rentrent et vérifient qu’ils sont dans la bonne vague, qu’ils portent bien le masque, que les fléchages sont pris dans le bon sens et que le mètre de distanciation est bien respecté. Connaissant la direction, elle pourrait bien tenter de leur faire jouer le rôle d’une police intérieure .

De plus, la cantine est fermée, la pause repas étant maintenant décalée en fin de poste, après le travail. Seules restent les pauses, échelonnées pour éviter les regroupements. Les machines à café ont été enlevées et dans les salles de repos, des plaques en plexiglas séparent les places aux tables.

À cela, s’ajoute la pénibilité du port du masque toute la journée qui rend la respiration plus difficile et qui, avec la chaleur, crée des irritations. Et impossible de se détendre à la fin de la journée de travail en prenant une bonne douche, car celles-ci sont fermées.

La plupart de ces mesures sanitaires sont certes nécessaires pour diminuer le risque de contamination ; que la direction les ait prises est la moindre des choses. D’ailleurs bien des travailleurs ne reviendraient pas à l’usine si elles n’existaient pas. Reste qu’elles rendent le travail plus pénible, accentuent le sentiment de surveillance policière et diminuent les possibilités d’échanges entre ouvriers. En fait la direction compte bien, non seulement limiter la propagation du virus mais aussi toute envie de manifestation collective de mécontentement de la part des travailleurs car il est devenu impossible de discuter à plusieurs dans les vestiaires en début ou fin de poste, à la pause et à la cantine !

Pourtant des choses à discuter, il y en a ! La direction a continué ses mauvais coups pendant le confinement. Avec l’accord central de « gestion de crise » signé en avril dernier, Renault a volé plus d’une semaine de congé pour financer le paiement du chômage partiel à 100 %. La direction pourra aussi dorénavant imposer des semaines de six jours sur sept, trois semaines par mois et pourra limiter les congés d’été à douze jours consécutifs. Elle compte bien faire rattraper le manque à gagner du confinement.

Malgré ces conditions plus difficiles, qu’elle soit assurée que les travailleurs sauront s’adapter et trouveront les moyens de discuter entre eux de leurs revendications face à ses attaques.

Correspondant LO