Mortalité : elle augmente avec la pauvreté

13 Mai 2020

Une étude de l’Observatoire régional de santé d’Île-de-France vient confirmer ce dont on pouvait se douter. Les départements et les quartiers les plus pauvres sont aussi ceux où la mortalité due au coronavirus est la plus élevée.

En région parisienne, c’est particulièrement le cas de la Seine-Saint-Denis, où la mortalité a plus que doublé par rapport à la même période de l’année précédente (+118,4 %). Encore faut-il préciser les zones concernées. L’observatoire a étudié la situation communauté d’agglomération par communauté d’agglomération. Plaine commune, qui regroupe les communes les plus pauvres comme Aubervilliers, La Courneuve, Saint-Denis ou Stains, voit cette surmortalité monter jusqu’à 169 % alors que cette augmentation n’est que de 93 % à Paris. Et encore faudrait-il préciser par quartier, car même à l’intérieur d’une même communauté d’agglomération la mortalité liée à l’épidémie n’est pas partout la même. Cet état de fait reflète les conditions dégradées dans lesquelles sont contraints de vivre une grande partie des travailleurs, faute de pouvoir se loger ailleurs que dans des grands ensembles ou des quartiers à l’abandon.

L’un des principaux facteurs de risque est le fait d’être atteint d’une maladie chronique : obésité, diabète, maladie cardiovasculaire. Or c’est dans ces départements pauvres, tels que la Seine-Saint-Denis et le Val-d’Oise, que le taux de diabète et de maladies respiratoires est le plus élevé. Bien des habitants y repoussent les soins, aggravant ainsi leurs pathologies. Il est souvent difficile d’y trouver un médecin et même l’offre hospitalière est réduite par rapport aux quartiers riches. Cela est vrai en temps normal, où l’espérance de vie des hommes varie de huit ans entre les cantons les plus aisés de l’Île-de-France et les plus pauvres, et cela s’aggrave encore en période d’épidémie.

Les conditions de logement sont aussi un facteur aggravant. En Seine-Saint-Denis, plus du tiers de la population habite un logement avec moins d’une pièce par personne. Et là aussi il faudrait moduler par quartier, car c’est pire dans les grands ensembles où de plus les parties communes, ascenseurs, cages d’escalier, souvent mal entretenues et parfois vandalisées, sont propices à la propagation du virus.

Mais si les travailleurs relégués dans ces quartiers sont les plus exposés, c’est aussi là que vit la plus grande part de ceux qui ont dû continuer à sortir travailler : aides-soignantes, caissières, agents de nettoyage ou de surveillance, livreurs ou conducteurs de transports en commun, victimes à ce titre également de la surmortalité. C’est là aussi qu’habitent le plus de travailleurs en contrat précaire ou au RSA.

En première ligne pour la production, en dernière ligne pour les conditions d’existence, et donc la santé. C’est ainsi que le capitalisme traite les travailleurs, tout comme au 19e siècle quand le choléra ravageait les quartiers ouvriers de Londres. Le système capitaliste, générateur d’inégalités, est un système criminel.

Daniel MESCLA