Liban : la colère de retour dans les rues

13 Mai 2020

Fin avril, le Liban a vu une résurgence des protestations contre le pouvoir. Le confinement a amplifié les effets de la crise économique qui s’aggrave depuis l’été 2019.

Le pays croule sous une dette de 92 milliards de dollars, soit 170 % du PIB, dont les principaux bénéficiaires ont été les clans politiques qui ont pillé les caisses de l’État depuis la fin de la guerre civile (1975-1990) ainsi que les banques prêteuses qui bénéficiaient de taux d’intérêt très avantageux.

Le montant de la dette augmentant, conjugué à la pénurie de dollars entraînée par la crise économique mondiale, les gouvernements ont enchaîné en 2019 des mesures d’austérité qui ont fini par déclencher une vague de protestations. Certaines de ces mesures ont ensuite été annulées, et le gouvernement de Saad Hariri a dû démissionner. Mais la situation a continué à s’aggraver avec une forte dépréciation de la livre libanaise face au dollar et une inflation galopante conduisant à la baisse du pouvoir d’achat de près de 60 % en un an et à la faillite de nombre de petites entreprises. Le chômage a explosé. Le taux de personnes vivant sous le seuil de pauvreté dépasse désormais 50 % de la population.

Le confinement débuté en mars n’a fait qu’aggraver la situation. Les protestations ont repris, notamment à Tripoli, foyer de la contestation depuis plusieurs mois et l’une des régions les plus pauvres du pays, où la main-d’œuvre est très précaire. Aux cris de « On a faim ! », les manifestants se sont attaqués aux banques et se sont rassemblés autour des résidences des personnalités les plus riches de la ville. L’armée leur a fait face en déployant ses blindés et en tirant, faisant un mort le 27 avril parmi les manifestants.

Le 30 avril, le gouvernement Hassan Diab a annoncé une série de mesures d’austérité destinées à obtenir le soutien financier du FMI pour faire face à son incapacité de payement. Le texte comporte des hausses d’impôts et des suppressions d’emplois dans le secteur public. L’électricité devrait augmenter et il est question d’une baisse des subventions.

Espérant calmer la protestation, le plan promettait vaguement de « récupérer l’argent volé » comme le réclamaient les manifestants depuis des mois. Mais personne ne croit à la volonté d’un gouvernement issu de la classe politique qui a volé le pays depuis des décennies d’appliquer une telle mesure ni de lutter contre la corruption des « élites ».

En réalité, ce plan, mis en place pour répondre aux exigences du FMI, ne fera qu’aggraver la situation pour les pauvres déjà frappés de plein fouet par la hausse vertigineuse des prix alimentaires et par l’extension du Covid-19. C’est la même logique que celle des gouvernements précédents. La seule façon d’y faire face reste la force collective, comme la population a pu déjà le vérifier.

Marwan Karim