Israël : à une ou deux têtes, la réaction au pouvoir

13 Mai 2020

À plusieurs reprises, à Tel Aviv, capitale économique d’Israël, des manifestations anti-Netanyahou ont réuni plusieurs milliers de personnes. Appelés par un mouvement libéral dit des « drapeaux noirs », les manifestants protestaient contre l’accord de gouvernement finalement conclu le 20 avril entre Benyamin Netanyahou et Benny Gantz, les deux anciens concurrents aux élections législatives.

Un an après le premier épisode de ce feuilleton électoral, les leaders des deux partis de droite, Netanyahou pour le Likoud et Benny Gantz pour la coalition Bleu-Blanc, se sont en effet mis d’accord pour se relayer tous les 18 mois à la tête d’un gouvernement d’union sur la base d’un programme totalement identique. La principale différence entre les deux formations se résume en effet à l’opposition de Bleu-Blanc à la personne de Netanyahou, poursuivi en justice pour corruption, abus de confiance et détournement de fonds.

Si le Likoud de Netanyahou a fini par devancer Bleu-Blanc, le nombre de sièges obtenus (59 sur 120) ne lui assurait pas la majorité à la Knesset (le Parlement) et aucune autre alliance n’a pu être négociée. L’accord avec son alter ego, Gantz, permet donc à la classe dirigeante israélienne d’avoir un gouvernement, et surtout, il permet à Netanyahou d’espérer conserver son immunité et ainsi d’échapper à un procès normalement prévu pour le 24 mai.

Les casseroles traînées par celui qui entame donc son cinquième mandat et le rejet de ses manœuvres sont à l’origine des protestations des manifestants des « drapeaux noirs ». Mais les slogans dénonçant la « démocratie menacée » par ceux qui cherchent à « détruire la Knesset » ne s’en prennent pas au programme de la coalition Likoud/Bleu-Blanc, qui définit comme sa priorité, juste après la lutte contre l’épidémie de coronavirus, l’annexion d’une nouvelle partie de la Cisjordanie, simple « exercice de souveraineté », selon le nouveau Premier ministre.

L’annexion par Israël de la vallée du Jourdain et du territoire des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée pourra être présentée à la Knesset à partir du 1er juillet. Elle aggravera la mainmise de l’État hébreu sur les terres palestiniennes, renforçant la situation d’apartheid subie par les Palestiniens, dont les dizaines de milliers d’ouvriers qui doivent quotidiennement franchir d’humiliants et dangereux postes-frontières, et repoussant encore une fois la reconnaissance de leur droit à un État.

Le feu vert à ce nouveau processus d’annexion a été donné par le gouvernement des États-Unis, parfaitement dans la ligne du « plan de paix » provocateur de Trump. Mike Pompeo, le chef de la diplomatie américaine, est venu le 13 mai affirmer ce soutien. Les dérisoires et hypocrites contestations de Le Drian pour le gouvernement français ne risquent pas de déboucher sur une quelconque remise en cause des liens de celui-ci avec Israël, le gendarme des impérialistes au Moyen-Orient. Les critiques les plus sérieuses semblent, c’est un comble, venir des milieux de la sécurité israélienne qui disent craindre des réactions des États voisins, inquiets d’avoir à affronter le mécontentement de leurs populations.

Une fois encore, la seule issue laissée au peuple palestinien est la révolte, qui devra trouver la solidarité de ceux des Israéliens qui, au-delà du dégoût des politiciens corrompus, refusent le rôle de gardiens de prison et pour leur pays de poste avancé de l’impérialisme.

Viviane LAFONT