Europe : le patronat veut la relance des profits

13 Mai 2020

Les patrons des trois plus grandes organisations patronales européennes, celles d’Allemagne, de France et d’Italie, exhortent les gouvernements et les institutions européennes à mettre en place un plan de relance d’un montant pouvant aller jusqu’à 5 % du PIB dans la plupart des pays.

Dès le 17 mars, la Banque centrale européenne avait déjà décidé d’un plan de rachat des dettes contractées par les États européens et les entreprises à hauteur de 750 milliards d’euros. Le remboursement de ces dettes est ainsi garanti par la Banque centrale quelle que soit la situation de chaque pays ou des entreprises concernées. Puis l’Union européenne avait lancé un plan à hauteur de 500 milliards d’euros qui prévoit aussi bien des prêts aux entreprises que des aides aux États, pour financer le chômage partiel des entreprises privées. Le plan de relance demandé par les patrons est déjà en discussion. Il doit porter sur 1 000 milliards d’euros.

Tous les États européens sont d’accord pour que des milliards soient ainsi mis à disposition des patrons. Ils s’ajouteront aux aides définies dans chaque pays pour soutenir telle ou telle branche de capitalistes.

Les États membres de l’Union européenne sont bien moins d’accord s’agissant de la répartition de ces sommes, de la part à laquelle chacun aura droit, et de la nature de cette aide, subventions ou prêts. Quant au financement de ce plan, les États les plus riches ne veulent pas payer pour les plus pauvres. Cette polémique est popularisée sous une forme bien hypocrite. Il y aurait l’Europe des « frugaux », les États prétendument mieux gérés et plus productifs, face aux autres qui seraient dispendieux. En réalité l’État allemand engage des sommes bien plus importantes pour aider ses propres capitalistes que l’Italie par exemple, tout simplement parce qu’il en a bien plus les moyens.

Dans ce contexte, les représentants des patrons des trois grands pays européens ne font rien d’autre que demander un plan de plus grande ampleur. Ils plaident pour des subventions aux États les plus en difficulté, plutôt que des prêts, et ne voient pas d’inconvénient à un creusement des déficits publics à condition qu’ils en bénéficient.

L’alliance momentanée et mise en scène de ces trois confédérations patronales vise à pousser les États à desserrer encore plus les cordons de la bourse au profit du patronat, bien conscients que les profits seront pour celui-ci et que ce sont les travailleurs et les couches populaires qui devront payer.

Inès Rabah