États-unis : des meurtriers racistes couverts par les autorités

13 Mai 2020

Il aura fallu plus de deux mois, et surtout qu’une vidéo du crime soit rendue publique, pour que la justice américaine inculpe et arrête deux hommes blancs pour le meurtre gratuit d’un Noir, en plein jour dans l’État de Géorgie.

Le 23 février, Ahmaud Arbery, qui effectuait un jog- ging sur une route de campagne, a été pris à partie par un père et son fils qui sont sortis de leur véhicule et lui ont tiré dessus. Non loin, un automobiliste a filmé la scène avec son téléphone. Mais ni la police locale ni le procureur du comté n’ont cherché de témoin de cet assassinat.

Au contraire, le procureur a donné comme instruction aux enquêteurs, qui de toute façon ne voulaient pas rechercher les coupables, de ne pas procéder à des arrestations. Successivement, deux autres procureurs des comtés voisins, à qui le dossier avait été transmis, ont eu la même attitude.

Ce n’est pas étonnant car l’un des deux meurtriers a travaillé pendant 37 ans dans la police locale, puis au bureau du procureur de ce comté.

Le 5 mai seulement, lorsqu’une vidéo accablante a circulé largement, les autorités se sont senties obligées d’agir par l’intermédiaire d’un quatrième procureur et du gouverneur de Géorgie. Deux jours plus tard l’enquête était bouclée et les deux meurtriers arrêtés… 74 jours après leur crime.

Ces deux hommes ont justifié leur acte en expliquant qu’ils cherchaient un cambrioleur, qui à leurs yeux de racistes était donc un Noir.

Aux États-Unis, il n’est pas rare que les auteurs de meurtres racistes soient couverts par la justice. Parmi les cas ayant fait grand bruit ces derniers années, il y a celui du policer blanc Wilson qui avait tué le Noir Michael Brown à Ferguson, dans le Missouri, en 2014, dont le procès n’a jamais eu lieu. Cette injustice flagrante avait déclenché une vague de manifestations contre le racisme institutionnel et avait débouché sur la création du mouvement « Black lives matter », les vies des Noirs comptent.

Il est certain qu’en général la police et la justice ne traitent pas du tout de la même façon le crime d’un Noir commis sur un Blanc que celui d’un Blanc dont un Noir est victime. Les prisons américaines sont bien plus remplies de jeunes Noirs pauvres que de racistes criminels.

Trois cents ans d’esclavage et un siècle de ségrégation officielle, même courageusement combattue par une génération mobilisée il y a cinquante ans, ont laissé en héritage ce poison qui fait d’une partie des exploités des parias que l’on peut abattre presque impunément.

Lucien DÉTROIT