Déconfinement : métro, boulot, hosto ?

13 Mai 2020

Avec le début du déconfinement, ce qui fait la vie quotidienne de millions de travailleurs a, pour une fois, fait aussi l’actualité politique, administrative et médiatique : comment les transporter chaque jour dans les trains, les métros et les bus sans qu’ils se côtoient de trop près ?

Le problème a été évoqué sous tous ses aspects, technique, sanitaire et même policier, chaque ministre et chaque politicien a proposé sa mesure. À ce concours la direction de la SNCF s’est montrée la plus réaliste en demandant aux usagers… de ne pas prendre le train et de rester chez eux. C’est en effet la façon la plus simple de ne pas être contaminé dans un wagon et c’est aussi la façon la plus radicale de démontrer que le problème est insoluble en l’état actuel des choses.

Car, comme ont fait mine de le découvrir nombre de commentateurs, les travailleurs habitent extrêmement rarement à côté de leur lieu de travail. En région parisienne, par exemple, les employés des bureaux majoritairement situés à l’ouest de la capitale vivent à l’est ou au nord de l’agglomération et doivent la traverser matin et soir, aux mêmes heures évidemment. Les ouvrières qui viennent avant l’ouverture nettoyer les lieux de travail situés en centre-ville habitent très loin, au fin fond des banlieues populaires. Tous les jours, toute l’année, les trains de banlieue déversent, après les avoir transportés comme des harengs en caque, des millions d’employés des commerces, administrations, banques, assurances. Cette situation, déjà pénible en temps normal, est incompatible avec la nécessaire distanciation physique en temps de pandémie.

Pourtant les commentaires désolés sur les difficultés des voyageurs de la ligne 13 du métro parisien, une de celles qui permettent aux habitants des grandes cités ouvrières de banlieue de venir gagner leur pain en centre-ville, sont risibles venant des tenants de l’ordre social. Dans une économie régie par le profit, l’urbanisme est dicté par le prix du mètre carré et les opérations immobilières. Les travailleurs les plus mal lotis sont exilés dans les barres HLM à l’extérieur des métropoles. Ceux qui ont accédé à des emplois un peu plus sûrs vont encore plus loin, dans les cités pavillonnaires de grande banlieue. Et tous de venir le matin au centre et dans les quartiers de bureaux, ces paradis du profit, des spéculations immobilières et des grandes administrations qui ne peuvent vivre sans ces petites mains.

Quand bien même le gouvernement voudrait faire autre chose que se payer de mots, il n’a ni les trains, ni les bus, ni le personnel supplémentaire nécessaires pour faire voyager en sécurité des millions de travailleurs. En outre, il n’y a pas de masque, de gel, de pistes cyclables ou d’étalement des horaires de travail qui puissent venir à bout de cette absurdité, résultat de deux siècles de développement du capitalisme.

Paul GALOIS