Déconfinement : discours gouvernementaux et absence de moyens

13 Mai 2020

Le déconfinement a commencé le lundi 11 mai. Avec l’ouverture – même très partielle – des écoles et le retour au travail d’une grande partie de la population, les situations à risque vont se multiplier, d’autant que la pénurie généralisée et le cafouillage dans les directives continuent de plus belle.

Les zones vertes et rouges du gouvernement laissent entendre que tout va bien dans une large moitié ouest du pays. Mais il est clair que le virus est encore présent un peu partout et ne tient aucun compte de ces cartes. Ainsi quatre nouveaux foyers épidémiques ont déjà été signalés, dont trois en zone verte. Tous sont issus de rencontres collectives qui ont eu lieu durant le confinement : un foyer de jeunes travailleurs, un enterrement, une réunion de préparation du retour à l’école et des travailleurs dans un abattoir.

Pour espérer contenir l’épidémie, des mesures de protection, un repérage et un isolement très rapide des personnes contaminées sont indispensables. C’est bien le programme officiel du gouvernement mais il ne se donne pas du tout les moyens de le réaliser. Macron et Philippe ont annoncé la mise en place d’un dispositif juridique et administratif afin d’assurer un traçage de la contamination. Cette politique suscite une grande méfiance dans une partie de la population, y compris parmi des médecins qui expriment leurs réticences devant ce qu’ils considèrent comme une violation du secret médical.

Toutes ces réactions de méfiance à l’égard du pouvoir se comprennent quand on voit comment le gouvernement n’a cessé, ces dernières semaines, de se contredire, à propos des masques et des tests, afin d’éviter d’avoir à rendre des comptes sur ses défaillances manifestes. La peur d’un « flicage » accru, comme le disent certains, est d’autant plus compréhensible que le gouvernement a en effet montré, durant le confinement, qu’il était bien plus prompt à mettre en place des interdictions de sortie, à coups d’attestations et de contrôle policier, qu’à mobiliser les moyens humains et matériels nécessaires à la lutte contre la propagation du virus.

Là encore, faute de se donner vraiment les moyens qui seraient nécessaires pour réaliser un traçage de l’épidémie, le gouvernement tente de mettre en place un dispositif à l’économie, fondé surtout sur une surveillance administrative et l’usage d’une application numérique. Il a ainsi annoncé la mise sur pied d’équipes destinées à rechercher les contacts des malades, qu’il a commencé par appeler « brigades ». Puis, pour répondre aux critiques qui lui reprochaient un vocabulaire trop militaire, le ministre de la Santé a parlé de « brigade d’anges gardiens ». Mais le fond du problème est que ces équipes sont loin d’être constituées aujourd’hui. Elles devraient comprendre 20 000 à 30 000 personnes. Le gouvernement veut les composer à partir des bénévoles des associations de secours comme la Croix-Rouge, de personnel communal, de personnel de la CPAM, d’étudiants. Dans certaines régions, des offres d’emploi sont proposées en recherchant des personnes « ayant un sens aigu de l’argumentation ».

On ne peut que douter que cette improvisation puisse mettre sur pied un dispositif efficace et aux effectifs suffisants : tout au plus une usine à gaz qui, faute de moyens, aura bien du mal à faire face à un éventuel rebond de l’épidémie.

Jean POLLUS