Cliniques Bordeaux – Nord-Aquitaine : l’État soigne les patrons

13 Mai 2020

La crise du Covid-19 continue mais les actionnaires des cliniques du groupe Bordeaux-Nord Aquitaine ont déjà fait le calcul des pertes de chiffre d’affaires qu’elle leur aura occasionnées.

Ce groupe privé, qui détient six cliniques et un Ehpad dans l’agglomération bordelaise, donne à son personnel le chiffre alarmiste de 70 % de baisse de chiffre d’affaires pendant le confinement, du fait du report des activités médicales en dehors du Covid.

En réalité, les patrons pleurent la bouche pleine car l’État, dès les premiers jours de la crise sanitaire, a rassuré les actionnaires des établissements de santé privés en leur garantissant des ressources à hauteur de ce qu’ils touchaient de la caisse d’assurance maladie l’an dernier. En effet, mis à part tous les à-côtés, tarifs hôteliers, dépassements d’honoraires et autres, qui restent à la charge du patient, l’essentiel des ressources de ces établissements provient du financement des soins par la Sécurité sociale. Et c’est cette manne qui leur est garantie.

Pour le groupe, cette crise arrivait dans un ciel serein puisque, avant elle, les comptes étaient au vert. Pour la seule clinique Bordeaux-Nord, comptant 1 100 salariés et 200 médecins, et qui est l’un des établissements les plus importants du groupe, la direction a annoncé 1,3 million d’euros de bénéfice pour 2019 et une hausse du chiffre d’affaires de 5 %.

Au plus haut de la crise sanitaire, dans les cliniques et les secteurs qui n’étaient pas dédiés au Covid, les responsables ont poussé les soignants à prendre sur leurs jours de récupération ou de RTT pour se mettre en congé, se réservant de récupérer l’activité une fois le plus fort de la crise passé.

Le groupe a même mis une partie du personnel en chômage partiel, avec la complicité de l’État. Certes, les cliniques privées qui bénéficiaient déjà de la garantie du chiffre d’affaires apportée par la Sécurité sociale n’ont pas pu cumuler cet avantage financier considérable avec l’exonération de la part patronale sur le chômage partiel, mais l’attitude du groupe n’en est pas moins choquante. Non seulement parce qu’il a mis en congé des personnels de santé en pleine période de lutte contre l’épidémie, mais parce que ces salariés ont perdu 16 % de leur revenu, la direction refusant de compléter à 100 % le salaire.

La direction générale du groupe a maintenant annoncé qu’il n’y aurait pas d’augmentation de salaire pour les soignants et a même proposé en pleine crise du Covid de mettre en place une prime d’assiduité, minable et conditionnelle, pour le personnel en logistique, un secteur qui comprend les agents de service, les ouvriers d’entretien et les agents de restauration.

Bien que les salariés de la clinique ne se soient pas ménagés pendant les semaines où la menace du Covid était partout, et bien qu’ils aient été exposés, quelle que soit leur fonction, les patrons ne lâchent rien. Pour ces capitalistes, la santé n’est rien d’autre qu’une machine à faire du « cash ».

Correspondant LO