Après l’arrêt de Renault – Sandouville : au-delà de la CGT, tous les travailleurs visés

13 Mai 2020

Le tribunal du Havre a jugé le 7 mai que l’activité de l’usine Renault de Sandouville devait être suspendue car la reprise de la production « ne permet pas d’assurer […] la sécurité des travailleurs face aux risques liés au Covid-19 ». Cette décision de justice faisait suite à un référé déposé par la CGT du site et elle a fourni l’occasion de déclencher une campagne contre la CGT en général.

Lundi 11 mai, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a dénoncé sur BFM « des responsables syndicaux […] qui jouent avec le feu, en n’incitant pas suffisamment les salariés au dialogue social […] ». Le 9 mai, le secrétaire national de la CFDT Laurent Berger n’avait pas été moins virulent, dans un registre digne de ministres dévoués aux intérêts des capitalistes : « La posture de la CGT est irresponsable et infondée », avait-il dit, ajoutant que « ce qui s’est passé à Sandouville, c’était un dialogue social assez exemplaire sur la reprise d’activité en toute sécurité pour les travailleurs. » L’éditorialiste du Figaro, dans l’édition du 8 mai, a exprimé sans fard sa rage : « La Confédération générale du travail porte bien mal son nom. Pétrie de lutte des classes, elle le déteste tant qu’elle œuvre méthodiquement à sa destruction. Au mépris des salariés, qui paieront l’addition. » Que cet éditorialiste, que n’ont sans doute jamais choqué les dizaines de milliers de licenciements dans l’automobile et qui a trouvé en Carlos Ghosn un excellent manager, fasse semblant de pleurer sur les travailleurs qui paieraient l’addition, c’est simplement grossier.

Le tir de barrage déclenché contre la CGT est destiné à atteindre les travailleurs de tous les secteurs qui, a­dhé­rents de celle-ci ou non, ne sont pas prêts à accepter n’importe quelle condition de travail dans le cadre de la reprise générale de l’activité, qu’il y ait eu ou non un prétendu dialogue social dans l’entreprise pour décider des conditions sanitaires de retour à l’atelier ou au bureau.

Derrière les envolées contre la CGT pointe la hargne qu’aura le patronat contre les travailleurs comba­tifs et revendicatifs. Les présenter comme des empêcheurs de remettre la France sur les rails, comme des tire-au-flanc, des saboteurs, fait partie de l’arsenal, tout comme les appels à l’union nationale qui vise à aider le patronat à faire suer du profit aux salariés, jusqu’à sacrifier les protections sanitaires élémentaires.

Dans la situation ouverte par l’épidémie et dans le cadre de la relance de la pompe à profits, les travailleurs n’ont pas seulement à se protéger de la maladie Covid-19. Ils doivent aussi, et en fait c’est indissociable, se protéger de la férocité et de l’avidité du patronat ou des actionnaires que la crise actuelle va décupler.

Dans cette lutte, se contenter du mensonger dialogue social ou même des seuls recours juridiques serait suicidaire. Si les travailleurs restent spectateurs de batailles juridiques, ils en feront les frais car aucune ne peut donner de réelles garanties sur le plan sanitaire, sur le plan du temps de travail, des salaires ou sur celui du maintien des emplois.

C’est l’intervention directe des travailleurs, le contrôle exercé sur tous les aspects de la marche de l’entreprise qui permettront de ne pas être de la chair à virus et de la chair à profits dans les entreprises. C’est vrai aussi à l’échelle de la société. C’est ce combat que les travailleurs combatifs, visés par la campagne contre la CGT, auront à préparer avec tous, les embauchés comme les intérimaires, avec ceux revenus au travail comme avec ceux maintenus à la maison par la garde des enfants, par la crainte de la contagion ou par une décision de justice.

Boris SAVIN