Abattoirs : le virus prospère

13 Mai 2020

Depuis le début de l’épidémie et dans plusieurs pays, les abattoirs semblent être des nids de développement de la maladie. En France, les 600 travailleurs d’un abattoir de volailles doivent subir un test après la maladie déclarée par quatre d’entre eux.

Aux États-Unis il y aurait 5 000 cas parmi les travailleurs des abattoirs, au point que le gouvernement a pris des mesures pour que ces entreprises restent ouvertes. 85 cas sont recensés à l’abattoir Cedar Meats, en Australie. En Allemagne, 249 travailleurs d’un même abattoir ont été testés positifs.

Malgré les spécificités de chacun des cas et malgré aussi le fait que de nombreux autres lieux de travail peuvent être des clusters sans être signalés, la fréquence des cas de ­Covid-19 chez les travailleurs des abattoirs découle de ce qui est commun à ces entreprises et à leurs conditions de travail.

Tout d’abord les abattoirs sont restés ouverts et c’est là que les travailleurs ont été infectés, même si, dans le cas allemand, des conditions de logement indignes auraient aussi joué leur rôle. Ensuite ces entreprises regroupent les travailleurs par centaines, voire par milliers. Enfin, les conditions mêmes du travail à la chaîne font qu’ils sont les uns sur les autres. Un médecin du travail américain, interrogé à ce propos, a affirmé que les mesures de distanciation entre travailleurs des abattoirs dégraderaient fortement la rentabilité des entreprises. On ne peut pas être plus clair.

Ce qui est vrai de l’industrie de la viande l’est de toutes les grandes entreprises où la main-d’œuvre est nombreuse et concentrée, depuis les usines d’automobiles jusqu’aux chantiers navals en passant par le textile et les grands immeubles de bureaux. La concentration quotidienne de milliers de travailleurs des heures durant est un facteur évident de circulation du virus. Là où existent des mesures barrières, la course à la rentabilité les abolit rapidement. On peut donc craindre que des entreprises se transforment, comme certains abattoirs, en foyers épidémiques.

Cela souligne encore l’irresponsabilité du patronat qui exige qu’on mette « de la viande sur le pont » et celle du gouvernement qui prend les mesures pour l’y aider. Dans les entreprises et dans toute la société, il en ira des protections contre le virus comme de toutes les protections au travail : elles dépendront en définitive du rapport de force entre les travailleurs et les employeurs.

P. G.