Premier mai : les manifestants mis à l’amende

05 Mai 2020

Vendredi 1er mai, des militants syndicaux ou politiques ont voulu se retrouver dans leur quartier, avec leurs drapeaux et leurs slogans.

Les forces de police avaient manifestement pour consigne de ne laisser passer aucune démonstration, et d’y mettre les moyens. Ainsi, dans le 20e arrondissement de Paris, pas moins de cinq fourgons de police étaient positionnés et des policiers armés de LBD contrôlaient tous les passants. Les quelques militants s’étant risqués à sortir, qui une pancarte, qui un drapeau syndical, ont été emmenés vers les fourgons.

Dans le 18° arrondissement, c’est entre voisins que des militants de Lutte ouvrière et leurs proches avaient décidé de se retrouver en bas de chez eux. Chacun avait confectionné sa pancarte, chacun portait son masque et se tenait à distance de ses camarades, échangeant avec les quelques passants, au son des klaxons et des applaudissements de certains. Les policiers arrivés peu après, peu sensibles à ce respect des gestes barrières, ont verbalisé tout le monde. À la question de savoir si le même traitement avait été appliqué à Le Pen, sortie pour sa démonstration annuelle de nationalisme xénophobe, un policier a répondu qu’elle, elle n’avait pas à se justifier.

À Montreuil, en banlieue parisienne, des militants qui s’étaient d’abord retrouvés en bas de chez eux dans différents quartiers, ont ensuite voulu converger vers la place de la mairie. Seize cars de CRS, des unités des brigades anticriminalité, les BAC et, pour faire bonne mesure, des voltigeurs à moto, les y attendaient. Au nom des risques sanitaires présentés par les rassemblements, les policiers n’ont rien trouvé de mieux à faire que de constituer une nasse pour regrouper des manifestants qui, de leur côté, avaient veillé à respecter les mesures de sécurité sanitaire.

Un peu plus tôt dans la journée, des militants rassemblés dans des « brigades de solidarité populaire de Montreuil » avaient procédé sur la place du marché, à une distribution de paniers de fruits et légumes. Cette distribution, organisée dans le cadre des initiatives du 1er mai, n’était pas du goût des autorités. Là encore, voltigeurs et CRS sont donc intervenus, interrompant la distribution des vivres, contrôlant et verbalisant tout le monde, y compris des familles populaires venues chercher les paniers.

D’autres initiatives locales se sont terminées plus ou moins de la même manière, comme à Guingamp en Bretagne, où un cortège d’une vingtaine de voitures s’est heurté à une intervention des gendarmes qui ont relevé les numéros de plaque.

Comme le disait un participant à un rassemblement parisien : « Le gouvernement et les patrons, ils aiment nous applaudir quand ils nous envoient au front sans armes, mais ce n’est pas la même chanson quand on conteste leur société… Finalement je préfère cet air-là, c’est moins hypocrite ! »

Nadia CANTALE