Hôpitaux : que veut dire “en tension” ?

05 Mai 2020

Le gouvernement se satisfait du recul de l’épidémie et tente de le mettre à son crédit. Il ne rate pas une occasion de féliciter les soignants mais admet tout de même que bien des hôpitaux restent « en tension ».

Il est indéniable que l’épidémie s’atténue en ce moment et il semble bien que ce soit un effet du confinement, mais les dégâts ont été considérables et le gouvernement est avant tout responsable du manque de matériel et de personnel qui a bien aggravé ces dégâts.

Le nombre de patients en réanimation diminue mais il y a encore besoin actuellement d’environ 2 000 lits de plus que la capacité habituelle. Des renforts de tous les services et des régions les moins touchées par le virus sont venus aider dans les hôpitaux d’Île-de-France et de l’Est au plus fort de la crise, mais ces renforts retournent tous à leur activité habituelle alors que les effectifs normaux des services de réanimation ne peuvent faire face seuls au surcroît d’activité qui persiste. La question du matériel n’est toujours pas réglée. Le nombre de masques est toujours limité, ce qui oblige à les réutiliser quand on devrait les jeter. Certaines réanimations doivent faire coexister des patients infectés par le virus avec des patients présentant d’autres pathologies dans des conditions d’isolement insuffisantes.

L’activité des autres services hospitaliers redémarre mais dans l’intervalle les directions poussent les soignants à prendre des congés qui étaient interdits ces dernières semaines. Tout le monde s’attend prochainement à un afflux de patients présentant des pathologies aggravées par les retards ou les reports de prise en charge. L’été s’annonce très difficile et bien des congés seront probablement refusés au personnel. Il existe une inquiétude sur la réouverture de certains services qui étaient menacés avant l’épidémie et que les directions pourraient essayer de fermer en profitant de la situation.

En psychiatrie, les conséquences du confinement sont considérables. Le nombre de tentatives de suicide augmente, de nombreux patients ont raté des consultations et sont en rupture de traitement. Les places d’hospitalisation sont totalement insuffisantes et la situation est encore compliquée par la nécessité de séparer les patients atteints par le virus des autres.

Dans les Ehpad, l’épidémie est loin d’être surmontée, les patients atteints par le Covid-19 sont le plus souvent laissés sur place. La prise en charge médicale et les moyens de protection ne sont plus inexistants mais ils sont toujours insuffisants.

Dans cette situation le seul motif de satisfaction est le sentiment que l’énergie de tous les travailleurs et leur solidarité dans l’action ont permis de limiter la catastrophe. Quant au gouvernement, son refus permanent d’augmenter les moyens des hôpitaux, son incurie dans la gestion du matériel, ses mensonges quotidiens lui ont ôté presque tout crédit auprès du personnel hospitalier et au-delà !

Jean POLLUS