Saisonniers agricoles : exploitation sans frontières ni confinement

28 Avril 2020

Confrontée à la pénurie de main-d’œuvre pour ramasser les fruits et légumes, l’Allemagne, après l’Autriche, a rouvert ses frontières pour faire venir plusieurs dizaines de milliers de saisonniers roumains.

En France, pour pallier l’absence des 250 000 saisonniers agricoles venus habituellement du Maghreb, d’Espagne ou d’Europe de l’Est, le ministre de l’Agriculture avait lancé un appel aux volontaires pour « aller aux champs ». Si le gouvernement a beaucoup communiqué sur les 200 000 volontaires ayant répondu à l’appel, il fait silence sur le nombre qui sont restés après avoir découvert la pénibilité du travail, les conditions de logement et la faiblesse de la paie.

En Belgique, le Boerenbond, le syndicat agricole flamand, a proposé que les chômeurs belges puissent remplacer les saisonniers en étant (mal) payés mais en conservant leurs indemnités. En Espagne, les fédérations du patronat agricole d’Andalousie n’ont pas obtenu en mars, au pire moment de la pandémie, l’ouverture des frontières aux saisonniers marocains, provoquant la perte d’une partie des récoltes de fraises. Le commissaire européen à l’agriculture avait demandé dès le 30 mars l’ouverture des frontières pour les saisonniers agricoles étrangers « car ils sont indispensables à la sécurité alimentaire de l’UE »

Sous la pression de la DBV, la Confédération agricole allemande, avec l’accord de tous les partis politiques y compris l’Afd, qui fait pourtant de la lutte contre l’immigration son fonds de commerce, la fermeture des frontières pour les saisonniers roumains n’aura pas duré longtemps. Dès le 2 avril, 40 000 travailleurs par mois étaient autorisés à venir ramasser les légumes et en particulier les asperges, un travail harassant. Comme en Autriche, un véritable pont aérien a été mis en place entre la Roumanie et plusieurs aéroports allemands.

Cette ouverture était espérée et attendue par des centaines de milliers de travailleurs roumains pour qui les travaux agricoles en Europe de l’Ouest sont la seule ressource. Des saisonniers, peu habitués aux égards déployés cette année, qui font souvent le voyage en car, constataient que « le patron a payé l’avion. Il est allé nous chercher à l’aéroport en autocar et nous a accueillis avec de l’eau minérale et des gâteaux ! ». Ce patron a peut-être payé les gâteaux, mais pour l’avion c’est moins sûr. En Autriche, ce sont les régions qui ont payé les vols spéciaux.

Le coronavirus et le confinement mettent en évidence que l’agriculture européenne, comme bien d’autres secteurs économiques où le travail est dur, le bâtiment mais aussi l’aide à la personne ou la santé, ne peut pas fonctionner sans le travail sous-payé de plusieurs millions de travailleurs étrangers, résidents permanents ou saisonniers.

Xavier LACHAU