Rentrée scolaire : sans masques, sans gel et sans locaux

28 Avril 2020

Auditionné le 21 avril par une commission de l’Assemblée nationale, le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a donné des précisions sur la façon dont le gouvernement entendait mettre en œuvre la rentrée scolaire annoncée par Macron pour le 11 mai.

La reprise des cours serait étalée dans le temps et en fonction du niveau. Ainsi seules les écoles ouvriraient à partir du 11 mai. Dans un deuxième temps, une partie des classes du secondaire reprendrait les cours à compter du 18 mai. Et c’est seulement le 25 mai que la rentrée scolaire concernerait tous les élèves. Et encore, le ministre a bien précisé que les parents qui le souhaiteraient seraient autorisés à ne pas envoyer leurs enfants à l’école. Une liberté fort opportune car le ministère est bien incapable de garantir le respect des règles sanitaires définies par Blanquer.

En effet, le ministre a eu beau assurer que « les conditions sanitaires passeraient avant tout », on ne voit pas comment l’Éducation nationale pourrait assurer des cours à tous les élèves avec des effectifs limités à 15 par classe quand, avant l’épidémie, l’effectif était souvent le double. Blanquer s’est engagé à fournir du gel et à faire respecter les gestes barrières, assurant fermement : « Quand ces conditions ne sont pas réunies, l’école n’ouvrira pas ». Mais que fait-il pour les réunir ? A-t-il annoncé des embauches massives, la construction de locaux et la production de gel et de masques ?

Au contraire, l’État se contente de se défausser sur les collectivités territoriales, et en particulier sur les mairies, pour assurer cette rentrée. Elles doivent trouver les masques, le gel hydroalcoolique, le savon et surtout l’espace où mettre les enfants ! Il en va de même pour les lycées et collèges. Tous les intendants sont à la recherche du précieux matériel. Et ce qui manque le plus, ce sont bien sûr les masques.

Pour l’organisation des cours, les rectorats ont la même politique que le ministre. L’inspecteur académique appelle les directeurs d’école pour leur demander comment ils envisagent la rentrée. Ces derniers, qui gèrent déjà au quotidien les cours à distance et l’accueil des enfants de soignants, se voient confier cette lourde responsabilité dont ils ne veulent pas pour la plupart.

Il en va de même dans les collèges et lycées. Le rectorat n’a pour l’instant donné aucune consigne aux principaux et aux proviseurs pour organiser la rentrée en petits groupes. Ces derniers devront organiser les emplois du temps, alors que les salles sont parfois trop petites pour accueillir 15 élèves restant à un mètre de distance. Pour diminuer les effectifs des classes, Blanquer a proposé d’organiser des séances de sport pour une partie des élèves pendant que les autres auraient cours en salle. Mais il n’a rien dit sur la façon d’éviter le contact en faisant du foot, du hand ou du basket… Rien n’est adapté pour cela, et surtout pas les vestiaires. Dans ces conditions, il n’est guère étonnant que des maires ou des proviseurs, comme celui du lycée Delacroix à Drancy, refusent de faire rentrer les élèves.

Comme les hôpitaux, l’Éducation nationale souffre des conséquences des politiques d’austérité menées depuis des années, de la réduction systématique des moyens humains et matériels consacrés à l’instruction et à la formation des jeunes générations. Et tous les discours de Blanquer montrent que le gouvernement ne veut nullement rompre avec cette politique, malgré ses effets désastreux rendus particulièrement aigus dans ce contexte de crise sanitaire.

Aline URBAIN