Trump-Macron : une polémique antichinoise pour cacher l’essentiel

22 Avril 2020

« Il y a manifestement des choses qui se sont passées qu’on ne sait pas » a déclaré Macron à un journal britannique, reprenant à son compte les accusations portées par Trump contre la Chine, soupçonnée d’avoir menti depuis le début de la crise. En février il l’avait déjà accusée d’avoir tardé à donner des informations et d’avoir fait taire des médecins « lanceurs d’alerte ».

Aujourd’hui Trump reprend l’idée que le virus aurait été « fabriqué » dans un laboratoire de virologie de Wuhan où aurait eu lieu un accident. Ne reculant devant rien, des officiels américains en sont même à réclamer des « réparations » à la Chine comme celles demandées à l’Allemagne en 1918 au Traité de Versailles…

La polémique a été amplifiée par les déclarations du professeur Montagnier, prix Nobel français de médecine en 2008 pour ses travaux sur le virus du Sida. Il affirme qu’on trouve dans le Covid-19 des éléments de ce virus, ce qui prouverait une manipulation en laboratoire. Mais pour d’autres virologues cette « preuve » n’en est pas une car l’étude indienne sur laquelle Montagnier s’appuie est tellement contestée qu’elle a été supprimée du site scientifique qui l’avait mise en ligne. D’autres rappellent que Montagnier s’est fait ces dernières années le spécialiste de déclarations provocantes, défendant ainsi la « mémoire de l’eau » ou participant à la campagne antivaccins en 2017.

Mais aujourd’hui la polémique a d’ores et déjà atteint le but espéré par les Trump, Macron et autres dirigeants occidentaux. Face à une gestion catastrophique de la crise sanitaire dans leurs pays, tout est bon pour parler d’autre chose et pointer du doigt la Chine d’où l’épidémie est partie et qui a bien mieux réussi que les pays occidentaux à en limiter les conséquences, notamment en ce qui concerne le nombre de morts.

C’est aussi l’occasion de faire oublier que ce laboratoire P4 (pour niveau de protection 4, la protection maximale contre les agents pathogènes les plus dangereux comme le virus Ebola), le premier construit en Chine en 2017, est le fruit d’une collaboration avec l’institut Mérieux de Lyon. Il a été inauguré par le Premier ministre de l’époque, Bertrand Cazeneuve, sa ministre de la Santé, Marisol Touraine, et le directeur de l’Inserm, Yves Lévy. Il a aussi bénéficié de la compétence des virologues français dont Macron se plaît à dire que ce sont les meilleurs du monde…

Il est bien sûr vrai qu’en Chine l’information est contrôlée et que l’État policier chinois n’hésiterait pas à cacher des informations, tout comme d’ailleurs les gouvernements et les médias occidentaux. Ceux-ci ont pu critiquer les annonces sur le nombre de morts à Wuhan et crier victoire quand la Chine l’a réévalué à la hausse et a dû reconnaître des erreurs et des retards. Mais on les a beaucoup moins entendus, en France par exemple, quand il a fallu attendre des semaines pour connaître le nombre de morts dans les Ehpad.

Alors sans donner quitus au gouvernement chinois de sa « transparence » dans la gestion de la crise, on ne peut que constater que les plus prompts à accuser, Trump et consorts, sont aussi ceux qui n’ont aucune leçon à donner en la matière et qui de toute évidence, ont besoin d’un bouc émissaire pour faire oublier leurs propres errements.

Cédric DUVAL